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Personnalité du 06/05/2011 – Sigmund FREUD 6 mai, 2011

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Personnalité du 06/05/2011  - Sigmund FREUD dans 05/2011 sigmundfreud

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Sigmund FREUD

né le 06/05/1856 à 18h30 à Freiberg – AUTRICHE

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Sigmund Freud (*), né Sigismund Schlomo Freud le 6 mai 1856 à Freiberg, Moravie (Autriche, aujourd’hui Příbor, en République tchèque), et mort le 23 septembre 1939 à Londres (Royaume-Uni), est un médecin neurologue autrichien, fondateur de la psychanalyse.

Médecin viennois d’appartenance juive, Freud fait la rencontre de plusieurs personnalités importantes pour le développement de la psychanalyse, dont il sera le principal théoricien. Son amitié avec Wilhelm Fliess, sa collaboration avec Joseph Breuer, l’influence de son maître Jean-Martin Charcot et des théories sur l’hypnose de l’École de la Salpêtrière vont le conduire peu à peu à penser autrement que normalement les processus et instances psychiques, et en premier lieu l’inconscient, le rêve et la névrose, le tout se traduisant en une technique de thérapie psychique originale, la cure psychanalytique.

Freud regroupe une génération de psychothérapeutes, qui, peu à peu, élaborent ce que sera la psychanalyse, d’abord en Autriche, en Suisse, à Berlin, puis à Paris, Londres et aux États-Unis. En dépit des scissions internes et des critiques émanant de certains psychiatres, notamment, et malgré les années de guerre, la psychanalyse s’installe comme une nouvelle discipline des sciences humaines dès 1920. Freud, menacé par le régime nazi, quitte alors Vienne pour s’exiler à Londres, où il meurt en 1939.

Le sociologue Norbert Elias, tout en se distanciant du mouvement des psychanalystes, reconnaîtra sa dette envers Freud, qui avait proposé, selon lui, « le modèle le plus clair et le plus avancé de la personne humaine »[1]. Le philosophe Paul Ricœur le situe aux côtés de Karl Marx et de Friedrich Nietzsche comme étant l’un des trois grands « maîtres du soupçon »[2], de ceux qui ont induit le doute dans la conception philosophique classique du sujet. La « psychanalyse », dont le terme apparaît en 1896, repose sur plusieurs hypothèses et concepts élaborés par Freud. D’abord, l’hypothèse de l’inconscient révolutionne la représentation du psychisme. La technique de la cure, dès 1898 et d’abord sous la forme de la méthode cathartique, avec Joseph Breuer, puis le développement de la cure type, est le principal apport de la psychanalyse. Des concepts, comme ceux de refoulement, de censure, de narcissisme, de moi et d’idéal du moi, ou davantage métapsychologiques comme les pulsions, la première topique et la seconde topique, le complexe d’Œdipe ou le complexe de castration, entre autres, vont, peu à peu, développer et complexifier la théorie psychanalytique, à la fois « science de l’inconscient », selon Paul-Laurent Assoun[G 1], et savoir sur les processus psychiques et thérapeutiques.

Les biographes de Freud

L’histoire de la vie de Freud et celle, concomitante, de la création de la psychanalyse[Freud 1], a fait l’objet de centaines d’articles et de quelques dizaines de biographies, dont la plus connue est la monumentale biographie consacrée par Ernest Jones, proche contemporain de Freud, qui est devenue une référence incontournable bien que critiquée pour ses aspects hagiographiques[3]. Le premier biographe fut cependant Fritz Wittels, qui publie en 1924 Freud. L’homme, la doctrine, l’école. L’écrivain Stefan Zweig a lui aussi écrit une biographie enthousiaste de son ami Freud[F 1]. Selon Elisabeth Roudinesco, historienne lacanienne de la psychanalyse, c’est sans doute Stefan Zweig qui brosse le portrait de Freud le plus réaliste[4]. Le médecin de Freud, Max Schur, a également narré le rapport de Freud à la mort et à la maladie qui devait l’emporter en 1939[5]. De nombreux contemporains de Freud lui ont également consacré une biographie, souvent hagiographique tels Lou Andreas-Salomé, Thomas Mann, Siegfried Bernfield, Ola Andersson, Kurt Robert Eissler, Carl Schorske. Didier Anzieu a, lui, publié une biographie très détaillée de l’auto-analyse de Freud et du processus créatif qui en a découlé[6]. Marthe Robert est l’auteur d’une biographie davantage littéraire[7]. Plus récemment, c’est Henri F. Ellenberger qui a consacré une partie de son livre à Freud en enquêtant notamment sur le devenir de certains des patients de Joseph Breuer et de Freud dans Histoire de la découverte de l’inconscient. Ellenberger est sans doute le premier à avoir insisté sur de nombreuses pages sur le caractère sans précédent des légendes associées à l’histoire de la psychanalyse, arguant même sur le fait qu’il faudrait, selon lui, développer une « étude scientifique des légendes »[8] Frank Sulloway de son côté a développé une thèse qui soutient qu’avec la psychanalyse, Freud a produit un modèle « cryptobiologique »[9], dans le but de masquer ses inspirations biologiques reconnues comme déjà obsolètes à son époque par certains de ses partisans comme Ernst Kris, pour mieux se présenter, de façon révolutionnaire, en pur psychologue de la psyché.

Ces dernières années des ouvrages, parfois sous forme de réquisitoires historiographiques ont été édités, notamment celui de Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani, ou de Jacques Bénesteau entre autres. Alain de Mijolla, enfin, a publié un écrit sur Freud et la France[10] qui analyse les relations complexes entre Freud et les intellectuels français (analystes et médecins mais aussi écrivains, journalistes, poètes ou philosophes) jusqu’en 1945.

Enfance et études (1856-1882)

Sigmund Freud naît le 6 mai 1856 à Freiberg en Moravie, dans l’Empire austro-hongrois. Les antécédents familiaux des Freud, famille originaire de Galicie[B 1] sont peu connus[D 1]. Troisième fils de Kalamon Jakob Freud, modeste négociant, certainement marchand de laine[D 2] et d’Amalia Nathanson (1836-1931), il est le premier enfant de son dernier mariage[Notes 1]. Freud est l’aîné de sa fratrie, composée de cinq sœurs (Anna, Rosa, Mitzi, Dolfi et Paula) et d’un frère, Alexander[B 2].

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La maison natale de Freud, à Příbor.

Selon Henri F. Ellenberger, « la vie de Freud offre l’exemple d’une ascension sociale progressive depuis la classe moyenne inférieure jusqu’à la plus haute bourgeoisie »[D 3]. La famille Freud suit ainsi la tendance à l’assimilation qui est celle de la plupart des Juifs de Vienne[D 4] ; en effet le jeune Sigmund n’est pas élevé dans le strict respect de l’orthodoxie juive. Bien que circoncis à la naissance, son éducation n’est pas traditionaliste et est ouverte à la philosophie des Lumières. Il ne parle que l’allemand et un dialecte mêlé d’hébreu alors couramment employé dans la communauté sépharade de Vienne[D 5] mais la langue sacrée du judaïsme lui demeure inconnue.

Il passe à Freiberg ses trois premières années puis les Freud s’installent à Leipzig pour s’établir définitivement en février 1860 ensuite dans le quartier juif de Vienne, ancien ghetto de la capitale autrichienne. Freud y réside jusqu’à son exil forcé, après l’invasion nazie de 1938[D 6]. De 1860 à 1865, son père change toutefois à plusieurs reprises d’appartements, pour s’installer enfin dans la Pfeffergasse, dans le quartier juif de Leopoldstadt[D 7].

Le jeune Sigmund fréquente les écoles élémentaires juives du voisinage, puis, de 1866 à 1873, l’école secondaire. Brillant élève, il est le premier de sa classe pendant ses sept dernières années de scolarité secondaire au lycée communal (Sperlgymnasium). Il a pour professeurs le naturaliste Alois Pokorny, l’historien Annaka et le politicien Victor von Kraus[D 8]. À l’âge de 8 ans, Freud lit Shakespeare, Homère, Schiller ou Goethe[B 3],[A 1]. Il apprend également l’espagnol, certainement aux côtés d’Eduard Silberstein, son ami d’enfance, et avec qui il entretient par la suite une riche correspondance. Freud quitte le lycée en été 1873 et il se montre intéressé par la carrière de zoologue. C’est en effet la lecture par Carl Brühl d’un poème intitulé Nature, attribué à Goethe, lors d’une conférence publique[D 9] qui le fait opter pour cette carrière. Cependant, il choisit la médecine[B 4] et commence ses études à la rentrée d’hiver 1873. Il se passionne pour la biologie darwinienne qui sert de modèle à tous ses travaux[11].

Il obtient son diplôme le 31 mars 1881, soit huit années après son entrée à l’université, au lieu des cinq attendues. La raison est que le jeune Freud profite de sa liberté académique en tant qu’étudiant de l’Université de Vienne pour effectuer deux séjours durant l’année 1876 dans la station de zoologie marine expérimentale de Trieste, sous la responsabilité de Carl Claus[C 1], puis pour travailler de 1876 à 1882 auprès d’Ernst Wilhelm von Brücke[B 5], dont les théories rigoureusement physiologiques l’influencent beaucoup[D 10]. À l’institut de Brücke (le Physiologisches Institut), où il entre en octobre 1876, en qualité de jeune physiologiste-assistant, Freud fait la connaissance des docteurs Sigmund Exner et de Fleischl von Marxow, et surtout du docteur Joseph Breuer, « collègue stimulant » pour lui et qui aiguise sa curiosité avec le cas d’une jeune hystérique connue plus tard sous le pseudonyme d’Anna O.[D 11]. Chez Ernst Brücke, Freud concentre ses travaux sur deux domaines à l’importance reconnue peu après : les neurones (dont certaines assertions sont reprises dans « Esquisse d’une psychologie scientifique »)[C 2] et la cocaïne[B 6]. Selon Alain de Mijolla, Freud découvre à ce moment les théories positivistes d’Emil du Bois-Reymond, dont il devient un adepte, et qui expliquent la biologie par des forces physico-chimiques dont les effets sont liés à un déterminisme rigoureux.

Son service militaire, de 1879 à 1880, retarde également la fin de son cursus universitaire. Il en profite pour traduire les Collected Works du philosophe John Stuart Mill[B 7]. Il s’intéresse aussi très tôt aux théories de Charles Darwin[B 8]. Il assiste aux cours de Franz Brentano et lit avec avidité Les Penseurs de la Grèce de Theordor Gomperz et surtout les volumes de l’Histoire de la civilisation grecque de Jacob Burckhardt. Il passe ensuite ses deux premiers rigorosa en juin 1880 et le troisième en mars 1881 et obtient son diplôme le 31 mars 1881. Il est alors à titre temporaire préparateur dans le laboratoire de Brücke puis travaille deux semestres dans le laboratoire de chimie du professeur Ludwig. Parallèlement, il poursuit ses recherches histologiques[D 12].

En juin 1882, Freud quitte le laboratoire d’Ernst Brücke pour embrasser une carrière de médecin praticien, sans grand enthousiasme toutefois[D 13]. Deux explications existent sur ce point. Selon Freud lui-même, Brücke lui a conseillé de commencer à pratiquer en hôpital pour se faire une situation alors que pour Siegfried Bernfeld et Ernest Jones, ses biographes, c’est son projet de mariage qui l’oblige à renoncer au plaisir de la recherche en laboratoire. Sigmund Freud a en effet rencontré Martha Bernays (1861-1951), de famille juive et commerçante, en juin 1882[B 9], et, très tôt les conventions familiales alors en vigueur obligent les deux fiancés à se marier, d’autant plus que Freud est dans une situation financière très précaire[D 14]. Néanmoins, le jeune couple ne se marie qu’en 1886, Freud ayant conditionné son alliance avec Martha Bernays à l’obtention de son cabinet de consultation. En octobre 1882, Freud entre donc dans le service de chirurgie du célèbre hôpital de Vienne, alors un des centres les plus réputés du monde[D 15], puis, après deux mois, il travaille comme aspirant, sous la responsabilité du médecin Nothnagel et ce jusqu’en avril 1883. Il est nommé le 1er mai 1883 sekundararzt au service de psychiatrie de Theodor Meynert dans lequel il poursuit des études histologiques sur la moelle épinière, jusqu’en 1886[D 16].

De l’hystérie à la méthode cathartique (1883-1893)

Après avoir passé cinq années dans le service de Meynert, Freud entre en septembre 1883 dans la quatrième division du docteur Scholtz. Il y acquiert une expérience clinique auprès de malades nerveux. En décembre de la même année, suite à la lecture d’un article du docteur Aschenbrandt, il se livre à des expériences sur la cocaïne et en déduit qu’elle a une efficacité sur la fatigue et les symptômes de la neurasthénie. Dans son article de juillet 1884, « Über Coca »[Freud 2], il conseille son usage pour de multiples troubles[D 17]. Bien qu’il l’ait nié publiquement à de nombreuses reprises, il en fut lui-même un grand consommateur entre 1884 et 1887, comme en atteste sa correspondance. Il travaille sur sa découverte avec Carl Köller, qui mène alors des recherches sur un moyen d’anesthésier l’œil en vue de pratiquer des opérations peu invasives. Celui-ci informe ensuite Leopold Königstein qui applique cette méthode à la chirurgie. Tous deux communiquent leur découverte lors de la Société des médecins de Vienne en 1884, sans mentionner la primauté des travaux de Freud[D 18],[C 3].

Le jeune médecin est ensuite affecté au service d’ophtalmologie de mars à mai 1884, puis dans celui de dermatologie. Il y rédige un article sur le nerf auditif[Freud 3] qui reçoit un accueil favorable ; en juin, il passe l’examen oral pour le poste de Privatdozent, et y présente son dernier article. Il est nommé le 18 juillet 1885 et, voyant sa demande de bourse de voyage acceptée, décide d’aller étudier à Paris, auprès de Jean-Martin Charcot. Après six semaines de vacances auprès de sa fiancée, Freud s’installe donc dans cette ville. Admirateur du neurologue français, qu’il rencontre la première fois le 20 octobre 1885, il se propose de traduire ses écrits en langue allemande. Dès lors, le Français le remarque et l’invite à ses somptueuses soirées du faubourg Saint-Germain[B 10]. Cependant, il semble que Freud n’ait pas passé autant de temps qu’il le dit auprès de Charcot, puisqu’il quitte Paris le 28 février 1886[C 4] ; il en retire néanmoins toujours de la fierté et fait de ce séjour à Paris un moment clé de son existence[D 19]. Il reste en outre en contact épistolaire avec le Français.

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La demeure de Freud, à Vienne.

En mars 1886 Freud étudie la pédiatrie à Berlin, avec Baginsky, et revient finalement à Vienne en avril. Il rédige son rapport sur l’hypnotisme tel qu’il est pratiqué à la Salpêtrière devant les membres du Club de physiologie et devant ceux de la Société de psychiatrie, tout en organisant les préparatifs de son mariage. Un article d’Albrecht Erlenmeyer le critique vivement quant aux dangers de l’usage de la cocaïne. Freud, pour se constituer un peu plus de pécule, finit de traduire un volume des leçons de Charcot, qui paraît en juillet 1896, avec une préface de sa main. Après quelques mois de service militaire à Olmütz comme médecin de bataillon, Freud épouse Martha Bernays le 13 octobre 1886, à Wandsbek ; ils passent leur voyage de noce sur la mer Baltique. Dès son retour à Vienne, Freud aménage son cabinet dans le kaiserliches Stiftunghaus et travaille parallèlement avec l’Institut Kassowitz, un hôpital pédiatrique privé où il est affecté au service neurologique.

Le 15 octobre 1886, devant la Société des médecins de Vienne[D 20], Freud fait une allocution concernant l’hystérie masculine, discours demeuré célèbre dans la littérature psychanalytique sous le titre de Beiträge zur kasuistik der Hysterie I. Ce sujet était alors polémique, d’autant plus que la conception classique de Charcot opposait l’hystérie post-traumatique à une hystérie dite simulée. S’appuyant sur la distinction entre « grande hystérie » (caractérisée par des convulsions et une hémianesthésie) et la « petite hystérie », et sur un cas pratique examiné à la Salpêtrière, Freud explique que l’hystérie masculine est plus fréquente que ce que les spécialistes observent habituellement[D 21]. Pour Freud, la névrose traumatique appartient au champ de l’hystérie masculine. La Société s’insurge contre cette opinion qui est, de plus, déjà connue des neurologues viennois. Selon Ellenberger, l’idéalisme de Freud pour Charcot lui vaut l’irritation de la Société, agacée par son attitude hautaine[D 22]. Blessé, Freud présente alors à la Société un cas d’hystérie masculine afin d’étayer sa théorie. La Société l’entend de nouveau mais l’éconduit. Contrairement à une certaine légende autour de cet événement[D 23], Freud ne se retire pas de la Société ; il en devient même membre le 18 mars 1887.

Cette année-là, il fait la rencontre de Wilhelm Fliess, un médecin de Berlin qui poursuit de vastes recherches sur la physiologie et la bisexualité, avec lequel il entretient une abondante correspondance scientifique et amicale[D 24],[B 11],[C 5]. Par ailleurs, la famille Freud accumule les dettes, le cabinet médical n’attirant pas en effet une abondante clientèle. De plus, Meynert se brouille avec Freud en 1889, à propos de la théorie de Charcot défendue par Freud. Dès 1889, celui-ci est très seul ; il ne peut communiquer réellement qu’avec son ami Josef Breuer. Ainsi il écrit « J’étais totalement isolé. À Vienne on m’évitait, à l’étranger on ne s’intéressait pas à moi »[12] . Sa famille, nombreuse, l’aide également à surmonter cette période d’isolement professionnel[B 12]. Dès cette année, la pensée de Freud évolue. D’abord son intérêt pour Hippolyte Bernheim (dont il traduit le principal ouvrage De la suggestion et des applications thérapeutiques) lui fait aborder la technique de l’hypnose. Il se rend à Nancy, à l’école de Bernheim et Ambroise-Auguste Liébeault en 1889 pour confirmer son opinion sur l’hypnose. Il y apprend que les hystériques conservent une forme de lucidité envers leurs symptômes, savoir qui peut être mobilisé par l’intervention d’un tiers, idée qu’il reprend ultérieurement dans sa conception de l’inconscient[B 13] mais il conclut que l’hypnose n’a que peu d’efficacité dans le traitement général des cas pathologiques. Freud pressent que le passé du patient doit jouer un rôle dans la compréhension des symptômes. Il décide de préférer à l’hypnose la « cure par la parole » de son ami Breuer[C 6],[E 1]. Après cette visite, il participe, en juillet, au Congrès international de psychologie de Paris.

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Jean Martin Charcot.

En 1891, Freud publie son travail sur les paralysies cérébrales unilatérales chez les enfants, en collaboration avec Oscar Rie[Notes 2], puis son étude critique des théories sur l’aphasie Contribution à la conception des aphasies. Sa distance avec la pensée de Charcot y est maximale ; il y esquisse un « appareil de langage » (sprachtapparat) permettant de rendre compte des troubles de la fonction langagière. Ce modèle préfigure l’« appareil psychique » de sa première topique. Freud lie ainsi l’inconscient au langage[B 14]. En 1892, il édite sa traduction de l’ouvrage de Bernheim sous le titre Neue Studien über Hypnotismus, Suggestion und Psychotherapie. La même année, il expose devant le Club médical viennois une conception proche du Français[Freud 4].

En 1893, Freud publie plusieurs articles sur l’hystérie en collaboration avec Joseph Breuer et en particulier l’essai « Le Mécanisme psychique des phénomènes hystériques » (« Uber den psychischen Mechanismus hysterichen Phänomene »). Il y défend la conception névrotique de l’hystérie, tout en proposant « une méthode thérapeutique fondée sur les notions de catharsis et d’abréaction »[D 25]. En 1894, avec son article « Névro-psychoses de défense » (« Die Abwehr-Neuropsychosen », Freud se focalise sur la phobie. Il souffre par ailleurs de symptômes cardiaques et cesse de fumer. S’occupant de l’hystérie d’une patiente, Emma, Freud, influencé par la théorie de la bisexualité de Fliess[B 15], demande à cet ami d’opérer Emma du nez, car il pense que sa névrose y est liée. Mais Fliess commet une erreur médicale en oubliant la gaze iodoformée dans le nez de la patiente. Freud fait ensuite un rêve marquant (le rêve dit de l’« injection faite à Irma ») dans la nuit du 23 au 24 juillet 1895 sur cet accident et entreprend d’en analyser le sens au moyen de la méthode des associations libres ; « cette étude devait devenir, [note Ellenberger], le prototype de toute analyse des rêves »[D 26],[Notes 3].

« Hystérie »

L’invention de la psychanalyse (1893-1905) : de l’hypnose, la suggestion à la cure psychanalytique

Société psychanalytique de Vienne.

En 1895, Breuer et Freud publient leur Études sur l’hystérie qui regroupent les cas traités depuis 1893, dont celui d’Anna O. (de son vrai nom Bertha Pappenheim). Anna O. est la patiente de Breuer, qui est présentée comme un exemple type de cure cathartique[B 16]. Avant de devenir la cure psychanalytique au sens strict, Freud a en effet dû abandonner la suggestion et l’hypnose, puis la méthode cathartique de Breuer, et prendre en compte le transfert, c’est-à-dire les sentiments du patients projetés sur l’analyste[B 17]. C’est en effet le transfert qui met Freud sur la voie d’une nouvelle approche, cette projection informant sur la nature du conflit psychique dans lequel le patient est pris. En 1896, considérant que sa théorie a droit de cité en psychologie, Freud la baptise du nom de « psychanalyse »[D 27], mais le facteur sexuel n’est pas encore prédominant dans celle-ci[B 18]. Composé du grec ana (qui désigne la remontée vers l’originaire, l’élémentaire), et de lysis (la dissolution, l’analyse), le terme désigne dès le départ la recherche des souvenirs archaïques en lien avec les symptômes[B 19]. Dès lors Freud rompt avec Breuer, demeuré fidèle à la cure cathartique, et rédige un essai laissé inédit : « Esquisse d’une psychologie scientifique ». C’est pourtant dans un autre article « L’hérédité et l’étiologie des névroses »[Freud 5], de 1896, que Freud explique sa nouvelle conception pour la première fois.

Après la mort de son père, le 23 octobre 1896, Freud est abattu par la douleur physique. Il s’intéresse alors exclusivement à l’analyse de ses rêves et se livre à un « travail de fouille dans son passé »[A 2]. Nourrissant de la culpabilité pour son père décédé, il entreprend une auto-analyse qui l’absorbe de plus en plus. Il dit tenter d’analyser sa « petite hystérie » et ambitionne de percer à jour la nature de l’appareil psychologique et de la névrose[D 28]. Lors de cette auto-analyse[B 20], et après avoir abandonné sa théorie de l’hystérie, ses souvenirs d’enfance affluent. Sa nourrice lui permet de développer la notion de « souvenir écran » par exemple alors qu’il voit dans les sentiments amoureux pour sa mère et dans sa jalousie pour son père une structure universelle qu’il rattache à l’histoire d’Œdipe et d’Hamlet[D 29]. Ses analyses de patients lui apportent également des arguments dans l’édification d’une nouvelle conception, qui lui permet de revoir et l’hystérie et les obsessions. Seule la correspondance avec Fliess témoigne de cette évolution de sa pensée ; c’est notamment dans une lettre du 15 octobre 1897 que Freud évoque pour la première fois le complexe d’Œdipe[Freud 6]. Le neurologue viennois explique ainsi : « J’ai trouvé en moi comme partout ailleurs des sentiments d’amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants »[B 21].

Le 2 mai 1896, devant la Société de psychiatrie, présidée par Hermann Nothnagel et Krafft-Ebing, sa conception ne soulève guère d’enthousiasme, même si on lui délivre le titre d’Extraordinarius[Notes 4],[B 22]. Lors du Congrès international de psychologie à Munich en août 1896, le nom de Freud est cité parmi les autorités les plus compétentes dans le domaine alors qu’en 1897 Van Renterghem le cite comme l’une des figures de l’École de Nancy[D 30].

En novembre de la même année, Freud se préoccupe des phases infantiles à dominante sexuelle. Il annonce à Fliess, au début de l’année 1898, qu’il compte publier un ouvrage sur l’analyse des rêves, et, après une période de dépression brutale, il édite en 1899 L’Interprétation des rêves (Traumdeutung)[D 31],[C 7]. Il s’agit d’un ouvrage autobiographique dans la mesure où il se base sur le matériel de ses propres rêves. Cette période d’auto-analyse mêlée de névrose est, selon Henri F. Ellenberger, caractéristique de la « maladie créatrice », phase de dépression et de travail intense qui a permis à Freud d’élaborer la psychanalyse en dépassant ses problèmes personnels[D 32].

Sa situation, tant sociale que financière, s’améliore. De 1899 à 1900, il exerce les fonctions d’assesseur de l’Association impériale-royale pour la psychiatrie et la neurologie (Jahrbuch für Psychiatrie und Neurologie). Par ailleurs, il travaille intensément à ses recherches et se dépeint comme un « conquistador »[C 8]. Il jouit en effet d’une clientèle lucrative et est reconnu par la société viennoise. En septembre 1901, il se sent capable de visiter Rome, en compagnie de son frère Alexander. La « Ville Éternelle » l’a toujours fasciné et Freud, en raison de sa phobie des voyages[B 23],[A 3], a toujours remis à plus tard sa visite de l’Italie[B 24]. À Rome, il est surtout impressionné par la statue du Moïse de Michel-Ange[B 25]. Quelques années après, en 1914, Freud publie anonymement, dans la revue Imago, un essai intitulé « Le Moïse de Michel-Ange », dans lequel il oppose les deux figures, celle historique et celle mythique, du libérateur du peuple juif.

Lors d’un passage à Dubrovnik (alors Raguse), Freud a l’intuition du mécanisme psychique du lapsus comme révélateur d’un complexe inconscient[B 26]. La même année, deux psychiatres suisses, Carl Gustav Jung et Ludwig Binswanger de Zurich, se rallient à la psychanalyse naissante et, grâce à l’« école de Zurich », le mouvement s’amplifie en Europe et aux États-Unis[E 2]. Auparavant, en 1901, Eugen Bleuler (avec qui Freud commence une correspondance), extrêmement impressionné par L’Interprétation des rêves de Freud, a en effet demandé à son second, Jung, de présenter l’ouvrage à l’équipe psychiatrique du Burghölzi. La Suisse devient ainsi un allié de poids dans le développement du mouvement psychanalytique.

De retour à Vienne, se sentant davantage autonome par rapport à Fliess, Freud rompt tout échange avec ce dernier en 1902. Puis, il présente ses opinions scientifiques au cours de plusieurs conférences, devant le Doktorenkollegium de Vienne, puis devant le B’nai B’rith (un cercle de juifs laïcs) ; elles sont bien accueillies.

En automne 1902, sur l’initiative de Stekel, Freud réunit autour de lui un petit groupe d’intéressés, qui prend le nom de Psychologische Mittwoch Gesellschaft (« Société psychologique du mercredi ») et qui, chaque mercredi, discute de psychanalyse[Notes 5],[13]. Selon Ellenberger, à partir de cette date, la vie de Freud se confond avec l’histoire du mouvement psychanalytique[D 33],[E 3]. Les travaux de Freud sont mentionnés lors du Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de Grenoble la même année.

En 1904, il publie Psychopathologie de la vie quotidienne. En septembre, il se rapproche d’Eugen Bleuler, de Zurich, et commence une correspondance scientifique avec lui. Les thérapies engagées par Freud sur la base de ces hypothèses le conduisent alors à découvrir que tous ses patients n’ont pas subi de réels traumatismes sexuels dans leurs enfances : ils évoquent des fantasmes et racontent un « roman familial », auxquels ils croient. Simultanément, il découvre que certains patients ne souhaitent pas vraiment guérir. Ils résistent et transposent des sentiments anciens vers leur thérapeute : c’est ce que Freud appelle le transfert.

 

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En septembre 1909, lors de la série de conférences faites à la Clark University, à Worcester, Massachusetts. De gauche à droite, au premier rang Sigmund Freud, Stanley Hall, C. G. Jung ; au second : Abraham A. Brill, Ernest Jones, Sandor Ferenczi[14].

Freud parle de la psychanalyse pour la première fois publiquement en 1904[B 27], lors d’une série de conférences à l’université Clark à Worcester, Massachusetts, invité par son président Stanley Hall[15], en compagnie de Carl Gustav Jung, Ernest Jones et Sandor Ferenczi. Freud et Jung se voient honorés du titre de LL. D. (docteur des deux droits)[E 4]. C’est à ce moment qu’il désigne explicitement Jung comme son « successeur et prince héritier »[Freud 7]. En témoignage de reconnaissance, il y déclare que le mérite de l’invention de la psychanalyse revient à Joseph Breuer. En 1914[16], il précise que, bien qu’il se considère comme l’inventeur de la psychanalyse, il considère que le « procédé cathartique » de Breuer constitue une phase préliminaire à l’invention de la psychanalyse.

L’institution psychanalytique (1905-1920)

En 1905, paraissent trois ouvrages : Trois essais sur la théorie sexuelle (classé à la 25e place des 100 meilleurs livres du XXe siècle), qui rassemble les hypothèses de Freud sur la place de la sexualité et son devenir dans le développement de la personnalité[E 5], Le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient et Fragment d’une analyse d’hystérie : Dora[Freud 8]. Ce dernier est le compte-rendu du cas d’Ida Bauer, qui illustre le concept de transfert psychanalytique. Ce transfert, par lequel le patient crée une névrose (la « névrose de transfert ») dans la relation établie avec son thérapeute, en quelque sorte « expérimentale », est en effet à analyser dans le cadre de la cure car il en détermine l’issue. Contrairement à une idée largement répandue, l’œuvre de Freud ne soulève pas de vives critiques et des indignations de la part de la communauté médicale, au contraire, soulignent Ilse Bry et Alfred H. Rifkin[17]. Le succès de la psychanalyse est d’ailleurs immédiat dès les années 1900 et les premières traductions, russes, datent de 1905[B 28]. Les premiers travaux des disciples de Freud apparaissent ; Otto Rank, âgé de 21 ans, lui remet en effet le manuscrit d’un essai psychanalytique qui s’intitule « L’artiste »[13].

En 1906, Freud s’intéresse à une nouvelle de l’écrivain allemand Wilhelm Jensen, La Gradiva qu’il analyse au moyen de sa méthode d’investigation. L’analogie de la remontée des souvenirs avec l’archéologie est au centre de son étude[B 29] ; il en tire un ouvrage, Le Délire et les rêves dans la Gradiva de Wilhelm Jensen. Par ailleurs Freud se brouille définitivement avec son ami, Wilhelm Fliess, qui rédige par la suite un pamphlet, Pour ma propre cause, dans lequel il accuse Freud de vol d’idées[13].

En mars 1907, l’isolement de Freud cesse définitivement[D 34]. Le groupe naissant de psychanalystes tente de créer une collection intitulée les « Schriften zür angewandten Seelenkunde » (« Écrits de psychologie appliquée ») aux éditions Deuticke. Directeur de la publication, Freud y publie le premier La Gradiva. En 1908, le petit groupe autour de Freud devient la Société viennoise de psychanalyse et, en août Karl Abraham fonde la société psychanalytique de Berlin. L’année suivante, la première revue psychanalytique est fondée (le Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen ou Annales de recherches psychanalytiques et psychopathologiques), avec Bleuler et Freud comme directeurs et Jung comme rédacteur en chef. Freud inaugure cette revue avec la publication du cas du petit Hans.

Le 26 avril, le premier Congrès international de psychanalyse à Salzbourg réunit 42 membres de six pays (Autriche, Allemagne, Hongrie, Suisse, Angleterre et États-Unis). Freud y présente ses « Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle »[13]. En 1909 parait les Cinq leçons sur la psychanalyse. Freud s’interroge par la suite sur la nature de la pratique psychanalytique dans un essai, À propos de la psychanalyse dite sauvage.

L’année 1910 marque un sommet dans l’histoire de la psychanalyse et dans la vie de Freud. Lors du second Congrès international à Nuremberg organisé par Jung, les 30 et 31 mars, est créée l’Association Internationale de Psychanalyse (« IPA ») (International Psychoanalytical Association|Internationale Psychoanalytische Vereinigung), dont le premier président est Carl Gustav Jung, ainsi qu’une deuxième revue, la Zentralblatt für Psychoanalyse, Medizinische Monatsschrift für Seelenkunde[Notes 7]. L’IPA rassemble sous son égide les groupes locaux (Ortsgruppen), ceux de Zurich (qui en est le siège), Vienne et Berlin[E 6]. Une patiente de Jung avec qui il était passé à l’acte, Sabina Spielrein, le met sur la voie de la théorisation du transfert amoureux envers l’analyste, qu’il nomme le contre-transfert[C 8].

Lors de ses vacances aux Pays-Bas, Freud analyse le compositeur Gustav Mahler, lors d’un après-midi de promenade à travers la ville. Freud voyage ensuite à Paris, Rome et Naples, en compagnie de Ferenczi. La psychanalyse naissante se heurte à sa première opposition d’importance. En octobre 1910, répondant à l’appel d’Oppenheim, lors du Congrès de neurologie de Berlin, les médecins allemands d’Hambourg mettent à l’index la pratique psychanalytique au sein des sanatoriums locaux[13].

Alors que Freud publie Un Souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, dans lequel apparaissent pour la première fois les concepts de narcissisme, de sublimation et de la créativité, la psychanalyse reçoit de nouvelles critiques émanant de certains milieux médicaux. Par ailleurs, les premiers schismes en son sein se font jour. Son opposition théorique à la théorie de Jung, qui deviendra en 1914, la « psychologie analytique », l’occupe en effet ces années-là[B 30].

En 1911, Freud écrit un texte connu sous le titre de Président Schreber mais originairement intitulé Remarques psychanalytiques sur un cas de paranoïa (Dementia paranoïdes) décrit sous forme autobiographique. Freud y retrace l’analyse du juriste et homme politique Daniel Paul Schreber. Il publie aussi un court texte métapsychologique : « Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques » dans lequel il décrit le principe de plaisir et le principe de réalité. L’année suivante, il complète sa théorie en ajoutant deux types de pulsions : la pulsion de vie (l’Éros) et la pulsion de mort (qu’il se retiendra toujours de nommer Thanatos)[B 31].

La direction des revues[Notes 8] et des travaux théoriques de l’International Psychoanalytical Association, celle des séminaires, occupent considérablement Freud à cette période, d’autant que parmi ceux qui travaillent avec lui, des rivalités se font jour ainsi que des dissensions théoriques qu’il combat lorsqu’elles remettent notamment en question les rôles de la sexualité infantile et du complexe d’Œdipe comme le font celles, toujours plus intenses, de Jung, Adler, Rank, et d’autres. Il va intégrer, en cohérence avec ses théories, certaines d’entre elles dans ses hypothèses, des années après. Ainsi, il refuse la mise en avant de l’agressivité par Alfred Adler, car il considère que cette introduction se fait au prix de la réduction de l’importance de la sexualité. Il refuse également la mise en avant de l’inconscient collectif au détriment des pulsions du moi et de l’inconscient individuel, et la non-exclusivité des pulsions sexuelles dans la libido que propose Carl Gustav Jung. En juin 1911, Alfred Adler quitte Freud le premier, pour fonder sa propre technique et sa théorie. L’année suivante c’est au tour de Wilhelm Stekel, alors qu’en 1913, en septembre, Freud se brouille avec Carl Gustav Jung[18].

Le congrès international de psychanalyse de 1911, à Nuremberg

Photographie de groupe lors du congrès international de psychanalyse de 1911 organisé à Nuremberg.
(Cliquer sur l’image pour identifier les membres)

En 1913, Totem et tabou permet à Freud de démontrer la portée sociale de la psychanalyse[D 35],[B 32]. Secrètement, depuis 1912, sur l’idée d’Ernest Jones, Freud a réuni autour de lui un petit comité de fidèles partisans (Karl Abraham, Hans Sachs, Otto Rank, Sandor Ferenczi, Ernest Jones, Anton von Freund et Max Eitingon) sous le nom de Die Sache (la « Cause ») et ce jusqu’en 1929, afin de sauver la psychanalyse de ses différents schismes. Chaque membre reçoit de Freud une intaille grecque de sa collection privée, qu’il porte sur un anneau d’or[B 33].

Pendant la guerre, Freud n’exerce que peu. Il est surtout concentré sur la rédaction de ses cours universitaires, rassemblés sous le titre de Cours d’introduction à la psychanalyse édité en français sous le titre Introduction à la psychanalyse en 1916. Le sort de ses fils le préoccupe sans cesse. La guerre paralyse par ailleurs l’extension du mouvement psychanalytique ; en effet le congrès de Dresde, prévu en 1914 n’a pas lieu[B 34]. En 1915, il se lance dans la rédaction d’une nouvelle description de l’appareil psychique dont il ne conserve cependant que quelques chapitres. Ce qu’il prépare est en fait une nouvelle conception de la topique psychique. Il est par ailleurs proposé au Prix Nobel par le médecin viennois Robert Barany. Il publie Deuil et Mélancolie en 1917 et, en janvier 1920, il est nommé professeur ordinaire. Les années suivantes, alors que le contexte politique et économique s’améliore, Freud publie tour à tour : Au-delà du principe du plaisir qui introduit les pulsions agressives, nécessaires pour expliquer certains conflits intra-psychiques, et Psychologie collective et analyse du moi. Freud est en effet concentré, durant ces années de guerre, sur la constitution d’une métapsychologie qui lui permette de décrire les processus inconscients sous un triple angle, à la fois dynamique (dans leurs relations entre eux), topique (dans leurs fonctions au sein de la psyché) et économique (dans leurs utilisations de la libido)[B 35].

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Sigmund Freud entouré de ses plus proches partisans (Sandor Ferenczi, Hanns Sachs (debout), Otto Rank, Karl Abraham, Max Eitingon, et Ernest Jones).

Dès 1920, Freud élabore une seconde topique de l’appareil psychique composée du Moi, du Ça et du Surmoi. La seconde topique se superpose à la première (inconscient, préconscient, conscient). Le développement de la personnalité et la dynamique des conflits sont alors interprétés en tant que défenses du Moi contre des pulsions et des affects, plutôt que comme conflits de pulsions (les pulsions en cause sont les pulsions de mort). L’ambivalence et la rage étaient perçues dans la première topique comme consécutives de la frustration et subordonnées à la sexualité. Cette nouvelle conception évoque la lutte active qui se déroule entre les pulsions de vie (sexualité, libido, éros) et les pulsions de mort et d’agression (que d’autres analystes ont appelé thanatos). Plus fondamentales que les pulsions de vie, les pulsions de mort tendent à la réduction des tensions (retour à l’inorganique, répétition qui atténue la tension) et ne sont perceptibles que par leur projection au-dehors (paranoïa), leur intrication avec les pulsions libidinales (sadisme, masochisme) ou leur retournement contre le Moi (mélancolie). Freud défend une vision double de l’esprit[B 36] selon Ernest Jones : « la plupart de ceux qui ont étudié Freud ont été impressionnés par ce que l’on pourrait appeler son dualisme insistant. S’il avait été philosophe, il n’aurait certainement pas été moniste, pas plus qu’il n’aurait partagé l’univers pluraliste de William James ». Après la Première Guerre mondiale, en 1924, le mouvement psychanalytique voit le départ d’Otto Rank et en 1929 celui de Sandor Ferenczi.

Extension de la psychanalyse et dernières années (1920-1939)

En octobre 1920, le professeur de médecine légale Alexander Löffler invite Freud à témoigner par un exposé devant une commission médico-légale sur les névroses de guerre. Il s’opposa à Julius Wagner-Jauregg qui lui prétendait que les patients atteints de névrose de guerre étaient des simulateurs. Puis, du 8 au 11 septembre, se tient à La Haye le 5e congrès de l’IPA, présidé par Ernest Jones. Freud y intervient en lisant « Suppléments à la théorie des rêves ». D’autre part, la création d’un comité secret y est décidée, avec Jones comme coordinateur. La psychanalyse se développe de manière importante en Grande-Bretagne et en Allemagne. Max Eitingon et Ernst Simmel créent en effet à Berlin une policlinique psychanalytique alors que Hugh Crichton-Miller fonde la Tavistock Clinic à Londres[13].

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Freud et sa fille Anna en 1913.
La famille Freud
Mathilde Freud, mariée à Robert Hollitscher (1887-1978) sans enfant
Jean-Martin Freud, marié à Esti Drucker (1889-1967) 2 enfants (Walter Freud : 1921-2004 et Sophie Freud : né en 1924)
Oliver Freud, marié à Henny Fuchs (1891-1969) 1 enfant (Eva Freud : 1924-1944)
Ernst Freud, marié à Lucie Brasch (1892-1970) 3 enfants (Stephen Freud : né en 1921, Lucian Freud : né en 1922 et Clement Freud : 1924-2009)
Sophie Freud, mariée à Max Halberstadt (1893-1920) 1 enfant (Heinz Halberstadt : 1918-1923)
Anna Freud (1895-1982) sans enfant

La première traduction d’un texte de Freud en France, Introduction à la psychanalyse, par Serge Jankélévitch, est publiée en 1922. Le mouvement psychanalytique acquiert une clinique psychanalytique à Vienne, l’ambulatorium, consacré aux psychoses et dirigé par trois élèves de Freud (qui n’y participe que très peu) : Helene Deutsch, Paul Federn et Edouard Hitschmann. En 1923, Freud apprend qu’il est atteint d’un cancer de la mâchoire, qui le fera souffrir tout le restant de sa vie. Il écrit « Le moi et le ça » à un moment où le mouvement psychanalytique atteint une réputation internationale, notamment en Angleterre et aux États-Unis[D 36]. Il songe à constituer une édition complète des ses écrits, le Gesammelte Schriften (« Écrits réunis »).

Le Congrès de Salzbourg, en 1924, se déroule en l’absence de Freud. La même année, Otto Rank quitte le mouvement. En Angleterre, les membres de la Société britannique de psychanalyse, fondée en 1919, créent l’Institute of Psychoanalysis[13]. En 1925, Freud écrit Inhibition, symptôme et angoisse ainsi qu’une esquisse autobiographique. Le 9e congrès de l’IPA à Bad-Homburg, en Allemagne, se tient du 2 au 5 septembre. Anna Freud y lit le texte de son père : « Quelques conséquences psychiques de la différence des sexes au niveau anatomique ». Freud ne peut en effet plus voyager, en raison de sa maladie. Il rencontre en 1925 la Française Marie Bonaparte, qui devient son amie. Freud la prend en analyse. Dans un article, « L’analyse pratiquée par les non-médecins » de 1926, il invite les non-praticiens à utiliser la psychanalyse. À ce sujet, Freud parle de psychanalyse « laïque » ou « profane ». Il revient aussi sur l’évolution de sa pensée, dans un essai intitulé : « Présentation de moi-même ».

Dans les dernières années de sa vie, Freud essaye d’extrapoler les concepts psychanalytiques à la compréhension de l’anthropologie et de la culture. Sa vision pessimiste de la race humaine s’exacerbe, notamment après la dissolution du comité secret formé par Ernest Jones, suite à des querelles d’héritage, des jalousies et des rivalités internes[C 9]. Il rédige donc un certain nombre de textes dans ce sens, en particulier sur la religion comme illusion ou névrose. En 1927, il publie L’Avenir d’une illusion, qui porte sur la religion d’un point de vue psychanalytique et matérialiste. En 1930, il publie Malaise dans la civilisation dans lequel Freud décrit un processus de civilisation qui est une reproduction à plus large échelle du processus d’évolution psychique individuel. Sa fille, Anna, publie Introduction à la psychologie des enfants[B 37].

Ne se considérant pas comme un écrivain[B 38], il obtient, avec surprise, le prix Goethe, de la ville de Francfort, en août 1930[A 4]. Puis, il retourne l’année suivante dans sa ville natale de Freiberg pour une cérémonie en sa faveur. Dans une lettre du 3 janvier, l’écrivain Thomas Mann s’excuse auprès de Freud pour avoir mis du temps à comprendre l’intérêt de la psychanalyse[B 39]. En 1932, Freud travaille à un ouvrage de synthèse, présentant des conférences devant un public imaginaire, Nouvelle introduction à la psychanalyse. En 1932, il publie, en collaboration avec le physicien Albert Einstein, leur pensée sur la guerre et la civilisation, issue de leur correspondance, dans un essai intitulé « Pourquoi la guerre ? »[19].

En mai 1933, les ouvrages de Freud sont brûlés en Allemagne lors des autodafés nazis[C 10] mais l’auteur refuse de s’exiler jusqu’en mars 1938, lorsque les Allemands entrent à Vienne. La Société psychanalytique de Vienne décide que chaque analyste juif doit quitter le pays, et que le siège de l’organisation soit transféré là où résidera Freud[A 5]. Il décide finalement de s’exiler lorsque sa fille Anna est arrêtée une journée par la Gestapo. Grâce à l’intervention de l’ambassadeur américain William Bullitt et à une rançon versée par Marie Bonaparte[20], Freud, sa femme, sa fille Anna et la domestique Paula Fichti peuvent quitter Vienne par l’Orient Express, le 4 juin. Au moment de partir, il est contraint de signer une déclaration : « Je soussigné, Professeur Freud déclare par la présente que depuis l’annexion de l’Autriche par le Reich allemand, j’ai été traité avec tout le respect et la considération dus à ma réputation de scientifique par les autorités allemandes et en particulier par la Gestapo et que j’ai pu vivre et travailler jouissant d’une pleine liberté ; j’ai pu également poursuivre l’exercice de mes activités de la manière que je désirais et qu’à cet effet j’ai rencontré le plein appui des personnes intéressées, je n’ai aucun lieu d’émettre la plus petite plainte ». Il demanda à ce que fût ajoutée la phrase « Je puis cordialement recommander la Gestapo à tous ».

Ils rejoignent ainsi Londres, où ils sont reçus avec tous les honneurs, notamment par l’ambassadeur américain William Bullit, que Freud connaît depuis quelques années déjà[B 40]. Les deux hommes ont en effet travaillé ensemble à une étude sur le président américain Woodrow Wilson intitulée Woodrow Wilson : a psychological study, publiée en 1966. Freud et sa petite famille s’installent dans une belle maison du 20 Maresfield Gardens. Il rédige son dernier ouvrage Moïse et le monothéisme. Il est nommé membre de la Société royale de médecine. Freud reçoit la nomination chez lui, ne pouvant se déplacer, abattu par son cancer et par trente-deux opérations et traitements successifs. À Vienne, Thomas Mann, prononce le 8 mai 1936 un éloge et un soutien publics à Freud, expliquant : « Freud rend sa pensée en artiste, comme Schopenhauer ; il est comme lui un écrivain européen »[A 6].

Freud meurt dans sa maison de Londres le 23 septembre 1939, à 3 heures du matin, d’un carcinome verruqueux d’Ackerman, à l’âge de 83 ans. Il ne connaîtra jamais le sort réservé par les nazis à ses quatre sœurs, exterminées dans les camps de concentration[21]. À sa demande, et avec l’accord d’Anna Freud, Max Schur, son médecin personnel, lui a injecté une dose mortelle de morphine[13]. Son corps est incinéré au cimetière de Golders Green et les derniers hommages sont remis par le docteur Ernest Jones au nom de l’Association internationale de psychanalyse et par l’écrivain Stefan Zweig[D 37], le 26 septembre. Le récit de sa longue maladie est fait dans le détail par Max Schur. Après la mort d’Anna Freud, en 1982, la maison qui avait accueilli la famille en exil devient le Freud Museum[B 6].

Son Œuvre : la psychanalyse

Psychanalyse et Histoire de la psychanalyse.

Le mouvement psychanalytique

La théorie psychanalytique : la « science de l’inconscient »

La psychanalyse — dont l’idée a évoluée depuis ses débuts, en 1896, aux derniers exposés de la plume de Freud, en 1930 — regroupe trois acceptions selon Paul-Laurent Assoun. Le terme désigne en effet d’abord une certaine méthode d’investigation du psychisme inconscient, mais aussi une méthode de traitement (la cure psychanalytique), et, plus généralement une conception psychologique globale touchant à la conception même de l’homme[G 2]. « Par la triple voie du personnel, du pathologique et du culturel, c’est de l’insu de l’âme humaine qu’il cherche à devenir l’interprète »[A 7]. De manière davantage exhaustive, le mouvement psychanalytique représente le corpus de théories issues de l’expérience analytique, participant à la conceptualisation de l’appareil psychique. Cette théorie psychanalytique (qui est dite d’orientation psychodynamique au sein de la discipline psychologique), et en dépit de la diversité des approches, se fonde en premier lieu sur l’initiative de Freud[G 3] et sur la reconnaissance de concepts majeurs tels que : l’inconscient, le transfert, la répétition et la pulsion. Du point de vue de sa méthode d’approche, son objet étant l’inconscient, la psychanalyse est une discipline centrée sur l’observation et non sur l’expérimentation ; elle est donc une « science phénoménale »[G 4] rattachée à la médecine et à la psychiatrie[G 5] mais possédant auprès de celles-ci une autonomie toute relative[G 6].

Depuis ses premiers écrits fondateurs, Freud considère que la scientificité de la psychanalyse repose sur son objet : l’inconscient. Or, la plupart des critiques envers la psychanalyse lui contestent cette qualification de scientificité. Mais elle est, selon Laurent Assoun, une collection de connaissances et de recherches ayant atteint un degré suffisant d’unité et de généralité capable de fonder « un consensus sur des relations objectives découvertes graduellement et confirmées par des méthodes de vérifications définies »[G 7]. Elle est donc considérée par les freudiens comme une science de la nature car elle repose tout entière sur des concepts fondamentaux, notamment celui de pulsion (Trieb)[G 8]. Enfin, la psychanalyse récuse toute métaphysique[G 9].

Développement et influence du mouvement psychanalytique

Psychanalyse dans le monde et Psychanalyse en France.

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Plaque de l’Institut à la Potsdamer Straße au Tiergarten de Berlin

Avec sa conception novatrice de l’inconscient, Freud a permis une nouvelle compréhension des névroses et, au-delà, de la psyché. Les travaux historiques d’Ernest Jones et, plus récemment, d’Henri F. Ellenberger rappellent que le concept d’inconscient est antérieur à Freud, mais précisent que ce dernier est un précurseur par sa manière de théoriser l’inconscient, dans sa première topique puis dans la seconde[F 2]. Le mouvement psychanalytique s’est développé d’abord en référence à Freud et à ses proches partisans, puis en opposition à ses détracteurs, tant internes (Jung, Adler, Rank parmi les principaux) qu’externes (le milieu psychiatrique et médical notamment). Les modalités de formation des psychanalystes se sont formalisées notamment avec son pilier central: l’analyse didactique instaurée pour la première fois à l’Institut psychanalytique de Berlin.

Il y eut ainsi plusieurs générations de psychanalystes et, en 1967, ceux dits de la « troisième génération » établissent un retour historique et épistémologique sur ce mouvement. Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis isolent ainsi par exemple environ quatre-vingt-dix concepts strictement freudiens à l’intérieur d’un vocabulaire psychanalytique contemporain composé de quatre cent trente termes alors qu’Alain de Mijolla en dresse lui un panorama chronologique précis. Le travail de pionnier de Freud a eu un impact sur de nombreuses autres disciplines ; sur la psychologie en premier lieu, mais aussi sur la nosographie des troubles mentaux, sur la psychopathologie, sur la relation d’aide, la psychiatrie, l’éducation, la sociologie, la neurologie. À un niveau plus général, Freud est également considéré par certains comme ayant été celui qui a délivré la parole sur la sexualité et notamment la sexualité féminine, sujets jusqu’alors méprisés par beaucoup de médecins.

Les continuateurs de Freud

écoles de psychanalyse.

e1919d32a184e50bef195c649906a7dc[22]Après la mort de Freud, son héritage est partagé entre plusieurs écoles, qui entretiennent entre elles des rapports souvent polémiques, dépendant des postulats retenus et des spécificités nationales[G 10]. Deux types de courants peuvent être distingués : ceux dits « orthodoxes », proches du freudisme, et ceux s’en écartant sur des points fondateurs, les courants « hétérodoxes ». Pendant la Seconde Guerre mondiale se développe la question de l’analyse groupale, avec des analystes comme Wilfried Bion. En France, il n’y a aucune activité psychanalytique pendant l’Occupation d’autre part et la British Psychoanalytical Society demeure même le seul bastion de la psychanalyse en Europe à cette époque. C’est en Angleterre que se déroulent, à partir de 1942, les oppositions entre Melanie Klein, Anna Freud et le Middle Group. Des associations psychanalytiques voient cependant le jour dans différents pays, toutes sous l’égide de l’International Psychoanalytical Association. En France, La Société psychanalytique de Paris relaye la psychanalyse freudienne. Le courant de lacanien s’en écarte jusqu’à la rupture dans les années 1950, notamment à propos l’axiome lacanien comme quoi l’inconscient serait structuré comme un langage et surtout sur les modalités de formation des psychanalystes qui, pour Lacan et ses adeptes, diffèrent radicalement de celles de l’I.P.A. et des associations affiliées. Avec l’immigration de nombreux psychanalystes d’Europe avant, pendant et après la guerre, la psychanalyse prend beaucoup d’importance aux USA, avec l’American Psychoanalytic Association (« A.Ps.A.A. ») ou la Self-psychology. L’ego-psychology s’y développe beaucoup mais aussi les autres courants (freudiens, kleiniens, etc.). De nombreux psychanalystes développent et propagent leur vision des conceptions freudiennes, peu ou prou : Juliette Favez-Boutonnier, Daniel Lagache, Françoise Dolto, Jacques Lacan.

Influence de la psychanalyse

Influence de la psychanalyse.

La psychanalyse a eu une profonde influence sur la plupart des sciences humaines : sur l’ethnologie (avec Géza Róheim et l’ethnopsychanalyse), l’anthropologie et les sciences juridiques (avec le juriste Pierre Legendre), le marxisme (par les tentatives de freudo-marxisme et avec Herbert Marcuse), les sciences politiques, la philosophie (avec Gilles Deleuze et Jacques Derrida), et même sur l’Art (le surréalisme d’André Breton[23] ou de Salvador Dali s’en est largement inspiré). L’influence est également importante dans le champ de l’interprétation artistique ou littéraire. La notion de sublimation et plus généralement la théorie freudienne en art a été reprise par Deleuze et Guattari, René Girard, Jean-François Lyotard, ainsi qu’en esthétique, en histoire de l’art[24] et dans les cultural studies.

La notion de psychosomatique a également une importance dans le milieu médical, avec par exemple Pierre Marty, Michel Fain et Michel de M’Uzan. Michael Balint met en place les Groupes Balint en Angleterre, groupe d’échanges et de réflexion entre psychanalystes et médecins sur leurs pratiques respectives à partir d’études de cas. En France, la pédiatrie dans son rapport à l’enfant est particulièrement influencée par la psychanalyse. La philosophie y voit également un nouveau paradigme ainsi que l’explique Paul-Laurent Assoun dans Freud, la philosophie et les philosophes, à travers des personnalités de la pensée comme Jean-Paul Sartre ou Gilles Deleuze.

Principaux concepts freudiens

L’inconscient

Inconscient.

Freud introduit une conception tout à fait neuve de l’inconscient. En effet, depuis longtemps, il avait été remarqué que certains phénomènes échappent à la conscience. Leibniz[F 3] observe déjà que lorsque l’on passe quelque temps près d’une cascade, on est d’abord gêné par le bruit pour l’oublier ensuite tout à fait. Arthur Schopenhauer décrit l’inconscient avec sa notion de « volonté aveugle ». Novalis est le premier à se servir du mot « inconscient » et les thèses post-romantiques de Karl Robert Eduard von Hartmann avec Philosophie des Unbewussten (Philosophie de l’inconscient) en 1869 mais surtout de Carl Gustav Carus (Psyche, 1851), qui se représente un « inconscient absolu » et un « inconscient relatif », sont souvent citées par les historiens de la psychologie comme étant à la base des travaux de Freud. Freud doit beaucoup à la psychologie expérimentale, et notamment à l’approche de l’hystérie. Les phénomènes d’ivresse ou de transe donnent en effet des exemples d’abolition de la conscience. L’inconscient qu’introduit Freud n’est pas simplement ce qui ne relève pas de la conscience. Par inconscient, Freud entend à la fois un certain nombre de données, d’informations, d’injonctions tenues hors de la conscience, mais il entend aussi l’ensemble des processus qui empêchent certaines données de parvenir à la conscience, et permettent aux autres d’y accéder, comme le refoulement, le principe de réalité, le principe de plaisir, la pulsion de mort. Ainsi, Freud pose l’inconscient comme origine de la plupart des phénomènes conscients eux-mêmes.

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Schéma de l’appareil psychique, représenté par un iceberg, selon les deux topiques freudiennes.

L’inconscient est donc la « thèse inaugurale de la psychanalyse »[G 11]. Dans Quelques remarques sur le concept d’inconscient en psychanalyse (1912), Freud se propose de décrire la spécificité du concept. On y trouve une présentation hiérarchique de la notion qui désigne d’abord le caractère ou l’aptitude d’une représentation ou d’un élément psychique quelconque présent à la conscience de manière intermittente et qui semble n’en pas dépendre[G 12]. Par ailleurs, la notion regroupe la constatation d’une dynamique propre à cette représentation inconsciente, et dont l’exemple historique est l’hystérie. La notion acquiert dès lors son qualificatif de psychique. Un troisième niveau vient ensuite compléter la notion, telle qu’elle est acceptée en psychanalyse : le niveau systémique par lequel l’inconscient manifeste les propriétés d’un système (que Freud désigne par l’abrégé Ubw, « Ics » en français). Les premiers psychanalystes ont pu parler à ce sujet de subconscient, terme vite écarté par Freud comme étant imprécis à expliquer un système existant sui generis[G 13]. Cette dernière thèse est celle qui a fait acquérir à la psychanalyse sa véritable spécificité.

Les trois instances de l’appareil psychique

Première topique et Seconde topique.

Dans sa première topique, c’est-à-dire dans le second modèle théorique de représentation du fonctionnement psychique proposé en 1920, Freud distingue trois instances : l’inconscient, le préconscient et le conscient[A 8]. Dans la seconde, la topique comprend le ça, le moi et le surmoi, trois instances supplémentaires fondatrices de la psychanalyse[G 14]. Le Ça (Es) est présent dès la naissance, il s’agit de manifestations somatiques. Si le Ça est inaccessible à la conscience, les symptômes de maladie psychique et les rêves permettent d’en avoir un aperçu. Le Ça obéit au principe de plaisir et recherche la satisfaction immédiate. Le moi (Ich) est en grande partie conscient, il est le reflet de ce que nous sommes en société, il cherche à éviter les tensions trop fortes du monde extérieur, à éviter les souffrances, grâce, notamment, aux mécanismes de défense (refoulement, régression, rationalisation, etc.) se trouvant dans la partie inconsciente de cette instance. Le Moi est l’entité qui rend la vie sociale possible. Il suit le principe de réalité. Le Surmoi (Uber-Ich) existe depuis la naissance et jusqu’à cinq ans l’enfant hérite de l’instance parentale, groupale et sociale, et emmagasine quantité de règles de savoir-vivre à respecter. Le Surmoi se développe lorsque le complexe d’Œdipe est résolu. Du fait des pressions sociales, en intériorisant les règles morales ou culturelles de ses parents et du groupe, l’enfant, puis l’adulte pratiquent le refoulement. En effet, le Surmoi punit le moi pour ses écarts par le truchement du remords et de la culpabilité.

La libido et la sexualité infantile

Libido et Sexualité infantile.

Les pulsions sexuelles sont conçues par Freud comme une énergie, qu’il nomme « libido » (« le désir » en latin). Ces pulsions sont susceptibles de maintes transformations et adaptations selon la personnalité et l’environnement[G 15]. La libido est en effet essentiellement plastique et son refoulement est le plus souvent à l’origine des troubles psychiques alors que sa sublimation explique les productions culturelles, intellectuelles et artistiques de l’humanité. La doctrine freudienne de la libido a souvent été critiquée comme étant un « pansexualisme » matérialiste[25]. Constituant le socle de la métapsychologie freudienne, le concept de libido, décrit dans Trois essais sur la théorie sexuelle (1920) est corrélatif à celui de pulsion. « La théorie de la libido permet [en effet] de prendre la mesure de la complexité de la sexualité humaine, dont le caractère biphasique interdit de la réduire à une fonction biologique », et ce, même si la prise en compte de la fonction de procréation est à considérer. En effet, sa nature est prégénitale et symbolique, et sa fixation conditionne la formation de la névrose[G 16].

Freud est le premier à élaborer une théorie d’une sexualité infantile avec, d’abord, la théorie de la séduction. L’idée de sexualité infantile est surtout formalisée en 1905 dans l’ouvrage Trois essais sur la théorie sexuelle, mais elle se fait sur la base des travaux précédents, en particulier de la théorie de la séduction, abandonnée en 1897, et par laquelle il démontre la sexualité infantile à travers son aspect pulsionnel[G 17]. Il y décrit l’existence d’une opposition radicale entre sexualité primaire et adulte, marquée par le primat du génital, et sexualité infantile, où les buts sexuels sont multiples et les zones érogènes nombreuses, à tel point que Freud est souvent considéré comme le découvreur de la sexualité de l’enfant[G 18]. Progressivement, entre 1913 et 1923, cette thèse se trouve remaniée par l’introduction de la notion de « stades prégénitaux », précédant l’instauration du stade génital proprement dit, et qui sont le stade oral, le stade anal et le stade phallique. Freud propose ainsi d’expliquer l’évolution de l’enfant à travers des caractères pulsionnels d’ordre sexuel qui vont évoluer au travers de plusieurs stades psycho-affectifs, pour aboutir ensuite à la sexualité génitale adulte. C’est aujourd’hui une base théorique importante en psychologie ou en psychiatrie.

Les rêves

Interprétation des rêves selon Freud et la psychanalyse et Travail du rêve.

Selon Freud, l’« interprétation des rêves est la voie royale qui mène à l’inconscient ». Les rêves sont, dans le modèle psychanalytique, des représentations de désirs refoulés dans l’inconscient par la censure interne (le surmoi). Les désirs se manifestent dans le rêve de manière moins réprimée qu’à l’état de veille. Le contenu manifeste du rêve est le résultat d’un travail intrapsychique qui vise à masquer le contenu latent, par exemple un désir œdipien. En cure de psychanalyse, le travail repose sur l’interprétation à partir du récit (contenu manifeste) du rêve. Les associations du patient sur son rêve permettent de révéler son contenu latent. Le travail du rêve repose sur quatre procédés[26]. Tout d’abord, le rêve condense, comme s’il obéissait à un principe d’économie. En une seule représentation sont concentrées plusieurs idées, plusieurs images, parfois des désirs contradictoires. Deuxièmement, le rêve est décentré et le désir déformé est fixé sur un autre objet que celui qu’il vise, ou sur de multiples objets jusqu’à l’éparpillement. Il y a un déplacement de l’accent affectif. Par ailleurs, le rêve est une illustration (« figurabilité ») du désir en ce qu’il ne l’exprime, ni en mots, ni en actes, mais en images ; ici joue le symbole : la représentation substitutive de l’objet et du but du désir est parfois typique et d’usage universel[G 19]. Enfin, le rêve est aussi le produit d’une activité également inconsciente, mais très proche de l’activité vigile en ce qu’elle s’efforce de lui donner une apparence de vraisemblance, d’organisation, de logique interne (ou « élaboration secondaire »).

330px-Gauguin_-_Moe_MoeaPaul Gauguin, Le Rêve, 1892.

Au niveau épistémologique, le geste de Freud consiste à réintroduire la production onirique dans la psychologie[G 20]. Il rompt avec l’idée romantique d’un rêve contenant une clé ou un secret et seul le travail du rêve en explique la nature : la production à la fois complexe et immanente de la psyché qui s’apparente à un rébus. Cette théorie des rêves (Traumlehre) est selon Freud ce par quoi la psychanalyse a pu s’élever de simple thérapeutique à une métapsychologie générale du psychisme. En effet, la science du rêve en psychanalyse fonde tout le reste de son édifice théorique : « Le rêve prend sa signification paradoxale en ce qu’il montre l’inconscient à l’œuvre chez tout sujet et que, comme prototype normal, il éclaire sur cette autre formation jumelle qu’est le symptôme névrotique »[G 21].

Les pulsions et le refoulement

Pulsions (psychanalyse) et Refoulement.

« Concept fondamental de la métapsychologie » freudienne, la pulsion (Trieb) a cependant une définition polysémique[G 22]. À la fois excitation pour le psychique, concept-frontière entre psychique et somatique, elle se définit par une poussée (Drang), un but (Ziel), un objet (Objekt) et une source (Quelle). Elle conditionne la représentation ainsi que l’affect[G 23]. Les pulsions prennent leur source dans une excitation corporelle et, en cela, elles sont proches de l’instinct. Au contraire d’un stimulus, la pulsion ne peut être évitée ou fuie. Elle demande à être déchargée dans le conscient. Il existe plusieurs moyens de décharger une pulsion : le rêve, le fantasme et la sublimation. Freud distingue d’abord deux groupes de pulsions : celles du moi ou d’auto-conservation et les pulsions sexuelles. Par la suite, et dans ses écrits les plus tardifs, il distingue deux autres principaux types de pulsions : la pulsion de vie (l’« éros ») et la pulsion de mort (le « thanatos »)[G 24]. Éros représente l’amour, le désir et la relation, tandis que Thanatos représente la mort, les pulsions destructrices et agressives. Thanatos tend à détruire tout ce qu’Éros construit (la perpétuation de l’espèce par exemple). Le masochisme en est un exemple typique[G 25].

Le refoulement (Verdrängung), « pierre d’angle » de la psychanalyse[G 26], est aussi le concept le plus ancien de la théorie freudienne. Dès 1896, Freud repère un mécanisme de défense primaire, qu’il assimile ensuite à la censure et qui structure a priori le moi et, de manière générale, le psychisme. Le refoulement est à la fois refus d’une pulsion et action psychique de maintien de cet écart. Frontière entre le conscient et l’inconscient, la « clause de censure » atteste aussi que l’inconscient est bien « travail » et processus, et non principe seul[G 27].

Le complexe d’Œdipe

Complexe d’Œdipe.

« Le complexe d’Œdipe est sans doute le mot le plus célèbre du vocabulaire psychanalytique, celui qui sert le plus sûrement à désigner le freudisme »[G 28]. Issu de l’expérience pratique, Freud théorise le complexe d’Œdipe dans sa première topique. Celui-ci est défini comme le désir inconscient d’entretenir un rapport sexuel avec le parent du sexe opposé (inceste) et celui d’éliminer le parent rival du même sexe (parricide). Ainsi, le fait qu’un garçon tombe amoureux de sa mère et désire tuer son père répond à l’impératif du complexe d’Œdipe[27]. C’est dans la lettre à Wilhelm Fliess du 15 octobre 1897 que Freud évoque le complexe. Pour Freud, la structure de la personnalité se crée en rapport avec le complexe d’Œdipe et la fonction paternelle. Le complexe d’Œdipe intervient au moment du stade dit « phallique ». Cette période se termine par l’association entre la recherche du plaisir et une personne extérieure, la mère. Le père devient le rival de l’enfant ; ce dernier craint d’être puni, en conséquence de son désir pour la mère, par la castration par le père. L’enfant refoule donc ses désirs et alimente son Surmoi, avec la naissance en lui de la culpabilité et de la pudeur, entre autres et au moyen du complexe de castration[G 29].

Les cinq stades du développement psycho-affectif

Sexualité infantile et Scène primitive.

Selon Freud, tel qu’il le décrit dans son essai « L’Organisation génitale infantile » (1923), l’élaboration du complexe d’Œdipe représente une étape constitutive du développement psychique des enfants. Le désir envers la mère trouve en effet son origine dès les premiers jours de la vie et conditionne toute sa psychogenèse. La mère est, d’une part, la « nourricière », et, d’autre part, celle qui procure du plaisir sensuel, via le contact avec le sein et à travers les soins corporels. L’enfant, qu’il soit fille ou garçon, en fait donc le premier objet d’amour qui restera déterminant pour toute la vie amoureuse. Cette relation objectale est ainsi investie de sexualité. Cet amour d’objet se déploie donc en cinq « phases » libidinales[C 11] qui trouvent aussi leur origine dans la constitution de la part de l’enfant de la scène primitive. La notion de « phase » ou de « stade » n’est pas à prendre au sens littéral. Elle signale la primauté d’une zone érogène particulière mais n’implique pas que le processus se déroule de manière mécanique et linéaire. Tout au plus peut-on admettre qu’une phase succède à l’autre dans l’ordre décrit. Le complexe d’Œdipe se déploie donc à travers ces phases en fonction de leurs propriétés propres qui s’enchevêtrent pour constituer un agrégat de pulsions, nommé « complexe » d’Œdipe qui, pour les freudiens, trouve son apogée vers l’âge de 5 ans. Freud aboutit à cette déduction en étudiant le cas dit du « petit Hans »[Freud 9]. Le schéma des stades psycho-affectifs suit donc une progression déterminée :

Stade oral => Stade anal
(+ oral)
=> Stade phallique
(+oral, +anal)
=> Période de latence
(+oral, +anal, +phallique)
=> Stade génital
 
Jusqu’à 18 mois   De 18 mois à 3 ans   De 3 ans à 7 ans
Situation œdipienne
  Dès 7-8 ans   Adolescence

La « phase orale » constitue l’organisation psychique du premier lien. La nourriture qui passe par la bouche est en effet la première origine de sensualité. Le plaisir produit par les zones érogènes s’étaye sur ce lien vital puis s’en éloigne, par exemple lors des préliminaires sexuels des adultes. On différencie la « phase orale de succion » de la « phase orale de morsure » qui inaugure une manifestation d’agressivité reposant sur l’ambivalence inhérente à la relation d’objet. Pour les kleiniens, le complexe d’Œdipe se manifeste déjà à cette phase orale et son déclin intervient lors de l’avènement de la position dépressive. Ensuite, la « phase anale », allant de 1 à 3 ans environ, est liée au plaisir de contrôler ses voies d’excrétion. La « phase phallique » (ou « génitale infantile »), de 3 à 6 ans environ, est liée à la masturbation. Elle connaît l’émergence puis le conflit œdipien dans sa phase la plus aiguë. La « phase de latence » s’étale ensuite de 6 ans à la pré-adolescence, et correspond au déclin du complexe d’Œdipe par le refoulement des pulsions sexuelles qui sont mises au service de la connaissance (ou « épistémophilie ») qui dure jusqu’à l’adolescence et qui est permise par le processus de sublimation. Là encore, il faut considérer que ce déclin, cette « latence », est toute relative et peut varier selon les individus, les circonstances et les moments du développement.

La cure psychanalytique

Cure psychanalytique.

L’éthique et le cadre thérapeutiques

La cure psychanalytique, communément nommée « psychanalyse », ou encore « cure type », désigne la pratique psychothérapeutique élaborée par Sigmund Freud puis par ses successeurs et inspirée de la talking cure de Joseph Breuer. La praxis psychanalytique a été peu à peu distinguée par Freud de la méthode cathartique et de l’hypnose[G 30]. Ce vocable s’applique plus largement à toute une série de traitements plus ou moins dérivés de la psychanalyse au point que Jean Bergeret parle d’abus de langage fait par certains de la qualité de « psychanalyste ». Vers la fin de sa vie, Freud lui-même revient sur l’efficacité de la cure, rappelant que la psychanalyse est avant tout savoir[G 31]. De nature transférentielle, elle repose sur les associations libres et part du symptôme (dont la névrose est la manifestation générale) pour arriver à sa source, la pulsion refoulée. Ce contenu censuré doit parvenir à la conscience du malade.

Le divan, 20 Maresfield Gardens, Londres.

La psychothérapie psychanalytique met en œuvre tous les concepts dégagés par Freud, et en particulier ceux de « libre association » et de neutralité (l’analyste doit laisser les idées spontanées du patient s’exprimer, il doit écouter sans rien dire – et encore moins faire – qui ne perturbe les associations de l’analysant) et d’« attention flottante » (l’attention de l’analyste de doit pas se focaliser sur un élément ou un autre du discours de l’analysant mais rester attentif aux éléments inconscients qui pourraient surgir)[G 32]. Par ailleurs, le cadre éthique repose sur la sincérité du patient ainsi que sur l’engagement du psychanalyste à la neutralité et à la bienveillance[G 33]. L’unique but de l’analyse est donc, par le travail élaboratif du patient, le travail interprétatif du psychanalyste de supprimer le refoulement qui crée la répétition ; mais l’analysé ne peut prendre conscience du refoulement que si, auparavant, a été supprimée la résistance qui le maintient[Freud 10].

Les cinq cas fondateurs

Freud réalise sa première analyse avec Dora, de son vrai nom Ida Bauer. C’est par l’analyse de deux de ses rêves qu’il peut dénouer le drame familial, Dora nourrissant des fantasmes sexuels handicapants[B 41]. Mais, en raison du transfert qui s’opère sur sa personne, Freud échoue à guérir durablement Dora. Il ne reconnaît que plus tard, dans un post-scriptum[B 42], qu’il n’a pas su se rendre compte qu’il était l’objet transfériel de sa patiente amoureuse. Le cas Dora est écrit de décembre 1900 à janvier 1901 mais Freud ne publie son Fragment d’une analyse d’hystérie que quatre ans plus tard. Freud accueille ensuite en analyse Ernst Lanzer, surnommé « l’homme aux rats ». Cette cure lui fournit un matériel clinique inégalé, notamment dans l’étude de la névrose obsessionnelle. Le patient entretient en effet une culpabilité suite à une punition paternelle pour s’être masturbé[B 43].

260px-Sergei_Pankejeff_with_his_wife_c._1910

Sergueï Pankejeff en 1910.

Un troisième cas fondateur de la pratique psychanalytique est celui d’Herbert Graf, surnommé « le petit Hans ». Ce dernier n’a cependant pas été analysé par Freud[B 44]. L’enfant souffre d’une phobie du cheval, lié à un figement psychoaffectif au niveau du complexe d’Œdipe. Grâce à la compréhension de ce schéma psychique, Hans est guéri de ses fantasmes. Un quatrième cas est célèbre en littérature psychanalytique : celui de Sergueï Pankejeff, dit « l’homme aux loups »[B 45]. Enfin, avec le président Schreber, Freud examine les délires psychotiques et paranoïdes présents dans Mémoires d’un névropathe du magistrat[Freud 11].

Les conceptions de Freud

La question de l’homosexualité

Freud renonce progressivement à faire de l’homosexualité une disposition biologique ou une résultante culturelle (contesté par Eytan Dery), mais l’assimile plutôt à un choix psychique inconscient[28]. En 1905, dans Trois essais sur la théorie sexuelle, il parle d’« inversion », mais, en 1910, avec Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, il renonce à ce terme pour choisir celui d’« homosexualité ». Dans une lettre datant de 1919 écrite à la mère d’une jeune patiente, Freud explique : « l’homosexualité n’est pas un avantage mais ce n’est pas non plus quelque chose dont [on] doit avoir honte, ce n’est ni un vice ni une dégradation et on ne peut pas non plus la classer parmi les maladies »[Freud 12]. Cependant, des contradictions existent dans l’ensemble de l’œuvre freudienne et l’homosexualité adulte y est présentée tantôt comme immature par blocage de la libido au stade anal, tantôt comme repli narcissique ou encore comme identification à la mère. Freud a pu également affirmer que l’homosexualité résulte d’un « arrêt du développement sexuel »[Freud 13]. Elle ne nécessite cependant ni cure, ni traitement pour les homosexuels conscients de leur spécificité. Elle est toutefois intriquée avec la névrose du sujet. Les homosexuels qui, au contraire, culpabilisent peuvent être guéris de la souffrance qu’ils ressentent en général, au même titre que les hétérosexuels[Freud 14]. Enfin, dans une note de 1915 aux Trois essais sur la théorie sexuelle, il explique également que « la recherche psychanalytique s’oppose avec la plus grande détermination à la tentative de séparer les homosexuels des autres êtres humains en tant que groupe particularisé. […] elle apprend que tous les êtres humains sont capables d’un choix d’objet homosexuel et qu’ils ont effectivement fait ce choix dans l’inconscient »[Freud 15],[29]. « Ni Sigmund Freud, ni ses disciples, ni ses héritiers ne firent de l’homosexualité un concept ou une notion propre à la psychanalyse »[30]. La question de l’homosexualité a divisé les psychanalystes. Elle a même pu devenir taboue au sein de certaines institutions psychanalytiques. Selon le critique Didier Eribon, la raison est que les psychanalystes partagent un « inconscient homophobe »[31] ; pour Daniel Borrillo, Freud et certains psychanalystes feraient œuvre d’homophobie en classant l’homosexualité parmi les « inversions »[F 4]. Freud avait utilisé l’expression de « variante de l’organisation génitale de la libido » pour la caractériser.

Culture et nature

Anthropologie psychanalytique.

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Charles Darwin dont Freud admirait les théories.

Pour Freud, la culture désigne l’ensemble des institutions qui éloignent l’individu de l’état animal[C 12]. Elle désigne les pensées, la raison, le langage, les sciences, les religions, les arts, tout ce qui a été créé par l’être humain. La nature correspond aux émotions, aux instincts, pulsions et besoins. L’être humain lutte en permanence contre sa nature instinctuelle et ses pulsions, qu’il tente de réfréner afin de vivre en société, sans quoi l’égoïsme universel amènerait le chaos. Pourtant, Freud opère une confusion constante dans ses écrits entre la civilisation d’une part et la culture (Kultur) d’autre part[C 13]. Son processus de développement s’assimile à celui de la psychogenèse. Ainsi, plus le niveau de la société est élevé, plus les sacrifices de ses individus sont importants. En imposant la frustration sexuelle surtout, la civilisation a une action directe sur la genèse des névroses individuelles. L’homme occidental en particulier n’est pas heureux et le texte de 1929, Malaise dans la civilisation, soutient la thèse que la culture est la cause principale de névrose et de dysfonctionnements psychiques[32]. Par les règles claires qu’elle lui impose, la culture protège l’individu, même si elle exige des renoncements pulsionnels conséquents. Ces contraintes peut expliquer qu’il existe une rage et un rejet – souvent inconscients – vis-à-vis de la culture. En contrepartie, la culture offre des dédommagements aux contraintes et sacrifices qu’elle impose, à travers la consommation, le divertissement, le patriotisme ou la religion[C 14].

Dans l’essai « Une difficulté de la psychanalyse » publié en 1917[Freud 16], et dans ses conférences d’introduction à la psychanalyse, écrites pendant la Première Guerre mondiale, Freud explique que l’humanité, au cours de son histoire, a déjà subi « deux grandes vexations infligées par la science à son amour propre »[C 15]. La première, explique-t-il, date du moment où Nicolas Copernic établit que « notre Terre n’est pas le centre de l’univers, mais une parcelle infime d’un système du monde à peine représentable dans son immensité ». La deuxième, selon lui, a lieu quand la biologie moderne – et Darwin au premier chef – « renvoya l’homme à sa descendance du règne animal et au caractère ineffaçable de sa nature bestiale ». Il ajoute : « La troisième vexation, et la plus cuisante, la mégalomanie humaine doit la subir de la part de la recherches psychologique d’aujourd’hui, qui veut prouver au Moi qu’il n’est même pas maître dans sa propre maison, mais qu’il en est réduit à des informations parcimonieuses sur ce qui se joue inconsciemment dans sa vie psychique »[33].

La religion et la parapsychologie

Se disant « incroyant », en dépit de sa culture juive, Freud est critique vis-à-vis de la religion et estime que l’être humain y perd plus qu’il n’y gagne par la fuite qu’elle propose. Selon lui, l’humanité doit accepter que la religion n’est qu’une illusion pour quitter son état d’infantilisme, et rapproche ce phénomène de l’enfant qui doit résoudre son complexe d’Œdipe : « ces idées [religieuses], qui professent d’être des dogmes, ne sont pas le résidu de l’expérience ou le résultat final de la réflexion : elles sont des illusions, la réalisation des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l’humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs. Nous le savons déjà : l’impression terrifiante de la détresse infantile avait éveillé le besoin d’être protégé – protégé en étant aimé – besoin auquel le père a satisfait »[Freud 17]. S’appuyant sur les thèses de Charles Darwin, en 1912, dans Totem et Tabou, Freud explique que l’origine de l’humanité se fonde sur le fantasme d’une « scène primitive » dans laquelle a lieu le meurtre primitif du père comme acte fondateur de la société. Les hommes vivaient ainsi en hordes grégaires, sous la domination d’un mâle tout-puissant, qui s’appropriait les femmes du groupe et en excluait les autres mâles. Ces derniers commettent alors le meurtre du « Père primitif », meurtre qui explique ensuite le tabou de l’inceste comme élément constitutif des sociétés. Thomas Mann fait l’éloge de Totem et Tabou, il écrit : « [ce livre] nous incite plus qu’à une simple méditation sur l’effroyable origine psychique du phénomène religieux et sur la nature profondément conservatrice de toute réforme[34] ». Dans Malaise dans la civilisation, Freud décompose ainsi l’évolution de l’humanité en trois phases : une phase animiste caractérisée par un narcissisme et un totémisme primaires, une phase religieuse marquée par la névrose collective et enfin une phase scientifique dans laquelle prédomine la sublimation.

L’occultisme et la parapsychologie n’ont guère intéressé Freud. Positiviste, il y voit une régression à l’état animiste. Dans Considérations actuelles sur la guerre et la mort (1915), Freud explique ainsi que la croyance dans les esprits est une réaction devant la mort. Cependant, plusieurs événements vont relativiser son opinion. Au début de sa rencontre avec Carl Gustav Jung, le 25 mars 1909, les deux hommes se retrouvent seuls pour évoquer l’intérêt des phénomènes para-psychologiques en psychanalyse. Freud refuse d’y voir des matériaux à exploiter, méprisant cet intérêt de Jung. Il y a alors des craquements soudains dans la bibliothèque de Jung, qui, peu surpris, annonce à Freud qu’il s’en produira de nouveau. En effet, peu de temps après, un nouveau craquement se fait entendre ; Jung note que Freud en est alors particulièrement effrayé, et depuis ce moment il nourrit une profonde méfiance envers le psychiatre suisse. L’étude de Christian Moreau[F 5] revient sur des textes de Freud dans lesquels il témoigne d’une certaine perplexité pour les phénomènes limites et notamment pour la télépathie.

Freud face à l’antisémitisme

L’antisémitisme ne pèse pas d’une manière égale durant la vie de Freud, et fluctue au gré des changements politiques de l’Autriche et l’Allemagne au début du XXe siècle[35], [36]. L’antisémitisme joue un rôle déterminant à la fin de sa vie lorsqu’il doit fuir l’Autriche devant la menace nazie. En effet, en 1933, les œuvres de Freud sont brûlées par les nazis qui y voient une « science juive » contraire à l’« esprit allemand »[37]. Avec l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, de nombreux psychanalystes ont dû cesser leur pratique ou émigrer quand ils n’ont pas été tués ou envoyés dans des camps de concentration parce qu’ils étaient juifs. La ségrégation s’est d’abord développée en Hongrie[38], notamment sous le régime de Miklós Horthy[39]. Puis, elle s’est propagée en Allemagne dès les années 1920 et en Autriche, sans parler des pogroms dans la Russie tsariste. Dès lors, la plupart de ceux qui ont survécu ont émigré en Grande-Bretagne, en France, en Amérique du Sud et aux États-Unis. D’autres comme Max Eitingon sont partis pour la Palestine bien avant la création de l’État d’Israël.

Les ouvrages de Freud furent brûlés par les nazis qui décrétèrent la psychanalyse freudienne « science juive ».

Dans sa conférence sur l’antisémitisme de mai 1937[40], Thomas Mann écrit, à propos de Freud, qui s’identifie souvent au personnage biblique de Joseph : « [qu'il] est un artiste, et aussi un produit tardif, un petit-fils, un « cas » compliqué, un homme du stade où les traits de l’affinement et de la dégénérescence se confondent de façon troublante[41]. », le dernier ouvrage de Freud, L’Homme Moïse et la religion monothéiste « invente une tradition juive du libéralisme et de l’esprit scientifique »[36]. Médecin et historien autodidacte proche de Carl Gustav Jung, Henri Ellenberger a fait une étude consciencieuse sur la situation des Juifs dans l’ensemble de la région et a pu affirmer que Freud aurait exagéré l’impact de l’antisémitisme dans sa non-nomination à un poste universitaire de professeur extraordinaire. Il argumente sa thèse de manière documentée[B 46] mais d’autres historiens — bien qu’Ellenberger n’ait jamais été soupçonné ou accusé d’antisémitisme (à la différence de Jung) — considèrent qu’il a minimisé le phénomène à Vienne[42].

Régulièrement, en effet, la psychanalyse freudienne a été accusée d’être une « science juive ». Ainsi, le professeur Martin Staemmler de Chemnitz écrit, dans un texte de 1933[43] : « La psychanalyse freudienne constitue un exemple typique de la dysharmonie interne de la vie de l’âme entre Juifs et Allemands. [...] Et lorsqu’on va encore plus loin et que l’on fait entrer dans la sphère sexuelle chaque mouvement de l’esprit et chaque inconduite de l’enfant [...], lorsque [...] l’être humain n’est plus rien d’autre qu’un organe sexuel autour duquel le corps végète, alors nous devons avoir le courage de refuser ces interprétations de l’âme allemande et de dire à ces Messieurs de l’entourage de Freud qu’ils n’ont qu’à faire leurs expérimentations psychologiques sur un matériel humain qui appartienne à leur race »[39]. Pour Lydia Flem, Freud et Theodor Herzl, chacun à leur manière, répondent à la crise identitaire juive, le premier en imaginant une topique psychique, le second en rêvant d’un pays géographique pour le peuple juif[A 9].

Pour Freud, une des raisons de l’antisémitisme européen provient de l’appréhension des enfants chrétiens face à la circoncision perçue comme une castration[44].

Freud et la cocaïne

La découverte de l’alcaloïde de la plante de coca est contemporaine des recherches de Freud, quant aux applications thérapeutiques possibles. En 1884, les laboratoires Merck confient à Freud la charge de mener des expérimentations sur la substance. Avant de créer la psychanalyse, Freud a étudié ce produit et a pensé pouvoir lui prêter toutes sortes d’indications médicales — notamment dans le traitement de la neurasthénie[45]. Freud travaille sur les propriétés anesthésiantes de la cocaïne avec deux collègues, Carl Köller et Leopold Königstein dès 1884. Cependant, alors qu’il pressent pourtant son intérêt pour la médecine, il n’a pas le temps de tester son pouvoir narcotique et doit s’absenter de Vienne. Ses collègues poursuivent les expérimentations, notamment dans le cadre de la chirurgie oculaire. Ils finissent par présenter leur découverte devant la Société médical de médecine de Vienne[46],[47]. Freud revient sur cet épisode plusieurs fois dans ses ouvrages, notamment dans L’Interprétation des rêves.

Freud a par ailleurs consommé épisodiquement de la cocaïne[48]. Il en a usée entre 1884 et 1887 et il rédige un texte Über Coca[Freud 18],[F 6]. Il se détourne ensuite totalement de son étude après avoir suggéré à son ami Ernest von Fleischl-Marxrow de l’utiliser pour guérir de sa morphinomanie. Ce dernier avait utilisé l’opiacé pour soulager ses souffrances dues à une amputation du pouce, Freud pensant bien faire lui propose de remplacer la morphine par de la cocaïne en ignorant totalement les effets toxiques de cette dernière. Une toxicomanie en remplace ainsi une autre et, finalement après une agonie et des souffrances sans fin, von Fleischl se suicide.

Les toxicomanies à la cocaïne se déclarent dans d’autres pays, en Europe d’abord, notamment en Allemagne où le Dr Wallé, en vante sans prudence les mérites. Dans un article datant de 1886, le Dr Albrecht Erlenmeyer met enfin en garde la communauté médicale en termes précis, qualifiant même la cocaïne de « troisième fléau de l’humanité »[49]. Face aux critiques de plus en plus nombreuses, le Dr Johann Schnitzler défend Freud[50]. Freud défend l’usage de la cocaïne jusqu’en 1887 et affirme que c’est le sujet qui est prédisposé et pas la drogue qui entraîne la toxicomanie et continue d’en consommer épisodiquement et d’en prescrire en application nasale jusqu’en 1895, lorsqu’il entame l’auto-analyse[45].

Critiques de la théorie freudienne

 

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Plaque commémorative de Sigmund Freud.

Critique de la psychanalyse.

Critiques internes au mouvement psychanalytique

psychologie individuelle et psychologie analytique.

Les principales querelles aboutissent, au cours du développement du mouvement psychanalytique, à des scissions majeures, d’abord celle d’Alfred Adler (qui fonde ensuite la psychologie individuelle), puis celle de Carl Gustav Jung (initiateur de la psychologie analytique). Si les points théoriques de désaccord sont nombreux, liés à la libido, au complexe d’Œdipe ou encore à l’importance de la sexualité dans le psychisme, les raisons sont parfois aussi liés à des conflits de personnes pour des luttes de pouvoir autour du mouvement psychanalytique. Ces controverses se situent dès les années 1907 et 1911. Nommés les « apostats » par Freud, Adler, le premier, puis Jung ensuite, s’opposent à la conception de la libido comme essentiellement d’origine sexuelle et qu’ils voient plutôt comme une « pulsion de vie » au sens large et dans une acception moniste. Freud craint par dessus tout que les dissidents ne détournent la théorie et la pratique psychanalytique. Paul-Laurent Assoun souligne en effet que tous deux disent vouloir remettre la psychanalyse dans la bonne direction, et la sauver du culte de la personnalité formé autour de Freud[G 34]. La concurrence entre les diverses écoles, principalement entre le cercle viennois et l’école de Zurich de Jung, porte le coup le plus intense au jeune mouvement psychanalytique, et ce dès 1913, avec la défection de Jung.

Les autres divergences internes se rapportent par exemple à la précocité du Surmoi telle que la décrit Melanie Klein ou Donald Winnicott[G 35], [G 36]. L’opposition avec Wilhelm Reich porte elle essentiellement sur des différences foncières entre la pratique de la cure telle que la pratiquait l’un et l’autre, notamment à propos de la règle d’abstinence. Le post-freudisme commence ainsi avec cette nouvelle génération de psychanalystes qui s’émancipent en partie de l’héritage freudien tout en intégrant ses apports principaux, et dont les critiques portent essentiellement sur l’interprétation des textes fondateurs ou sur les concepts clés de l’édifice épistémologique freudien.

Critiques externes

La critique de l’hagiographie de Freud, les « Freud Wars »

La plupart des controverses autour de la pertinence scientifique des conceptions psychanalytiques sont appelées les « Freud Wars », expression venant des États-Unis. Des contemporains de Freud, comme Karl Kraus et Egon Friedell, portèrent diverses critiques ; Kraus récuse l’interprétation sexuelle psychanalytique en littérature alors que Friedell qualifie la psychanalyse de « pseudo-religion juive » et de « secte »[51]. Paul Roazen publie une étude sur les relations complexes entre Freud, Victor Tausk et Helene Deutsch. Tausk avait demandé une analyse à Freud, qui la lui avait refusée, avant de l’adresser à Deutsch, qui était elle-même en analyse chez Freud. Cette situation est analysée par Roazen, qui la met aussi en rapport avec les autres causes, connnues et inconnues[52] du suicide de ce brillant élève[53]. Beaucoup d’autres critiques accréditées par des documents historiques existent[C 16]. De nombreux documents sur la vie et l’œuvre de Freud, comme certains déposés à la Bibliothèque du Congrès à Washington, sont un certain temps restés délibérément inaccessibles et donc inexploitables, et la plupart des pièces les plus significatives le demeurent encore pour longtemps : initialement certains documents du container « ZR » étaient bloqués jusqu’en l’an 2113, mais ce blocage a été récemment ramené à l’an 2052[54]. Longtemps, la plupart des ouvrages parlant de Freud se référeaient presque exclusivement à la biographie de Freud par Ernest Jones, critiquée pour des aspects hagiographiques. Après les critiques de Janet, celles du philosophe Popper, puis les nouvelles recherches historiques initiées par Henri Ellenberger et relayées par d’autres auteurs qui ont édifié des critiques souvent érigées en réquisitoires telles celles de Mikkel Borch-Jacobsen[55], Jacques Van Rillaer[F 7] ou Jacques Bénesteau[56], ont finalement conduit à revoir l’histoire et la portée de l’œuvre de Freud.

La critique qualifiée de polémique[57], en raison du nombre et la spécialité des intervenants, semble atteindre son apogée lors de la publication d’un ouvrage collectif et multi-disciplinaire : Le Livre noir de la psychanalyse, corpus d’articles publié sous la direction de Catherine Meyer. La plupart des points critiques sont abordés, de la scientificité de la psychanalyse à la personnalité de Freud, en passant par la fabrication suspectée de cas psychopathologiques[F 8]. Cet ouvrage a suscité de vives réactions dans divers milieux psychiatriques, thérapeutiques et psychanalytiques, relançant ainsi des conflits d’intérêts sous-jacents. Michel Onfray, philosophe publie au mois d’avril 2010 un livre critique sur Freud intitulé Le Crépuscule d’une idole : L’affabulation freudienne dans lequel il reproche à Freud d’avoir généralisé son cas personnel, d’avoir signé une dédicace à Benito Mussolini, et aussi d’avoir écrit « L’homme, Moïse et le monothéisme » en plein essor du nazisme et de l’antisémitisme. Onfray reprend les habituelles critiques déjà connues et développées avant lui, en utilisant une grille d’interprétation d’inspiration nietzchéenne.

Critiques émanant de la sphère idéologique et politique

Avant la Révolution de 1917, la Russie est le pays où Freud est le plus traduit. Après l’arrivée au pouvoir des bolchéviks, il y eut des rapprochements entre la pensée de Freud et celle de Marx en 1920. Freud était très réservé sur le bolchévisme, et s’était notamment demandé: « que feront-ils quand ils auront tué leur dernier bourgeois »[E 7]. « Mais quand Trotski, qui était très favorable à la psychanalyse, fut condamné à l’exil en 1927, la psychanalyse fut associée au trotskisme et officiellement interdite » explique Eli Zaretsky[58].

En 1949, Guy Leclerc publie dans L’Humanité l’article « La psychanalyse, idéologie de basse police et d’espionnage »[59]. Dès lors, après en avoir accepté l’importance (avec le freudo-marxisme), le Parti communiste français commence sa campagne contre la psychanalyse, et plus largement contre la psychanalyse en France. En 1952, le pape Pie XII prononce un discours devant les participants du Ve Congrès international de psychothérapie et de psychologie clinique reconnaissant la psychanalyse mais en relativisant le pouvoir descriptif de ses concepts. Ainsi, si la psychanalyse décrit ce qui advient dans l’âme, elle ne peut prétendre décrire et expliquer ce qu’elle est pour autant[60]. Ludwig Wittgenstein critique quant à lui l’herméneutique psychanalytique : « Freud a rendu un mauvais service avec ses pseudo-explications fantastiques. N’importe quel âne a maintenant ces images sous la main pour expliquer, grâce à elles, des phénomènes pathologiques »[61].

Cependant, Jacques Bouveresse écrit : « Que Wittgenstein ait été un admirateur de Freud n’est pas surprenant, puisque Freud possédait au plus haut point une qualité que Wittgenstein considérait comme fondamentale en philosophie, à savoir l’aptitude à proposer des analogies nouvelles et éclairantes pour la compréhension de faits qui sont à la fois familiers et énigmatiques. Ce que fait Freud consiste pour lui essentiellement à proposer d’excellentes comparaisons, comme par exemple la comparaison d’un rêve et d’un rébus. »[62]

Critiques de la scientificité de la psychanalyse

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Pour Karl Popper, la psychanalyse est une pseudo-science.

Une partie des critiques envers Freud et la psychanalyse se porte sur la question de sa scientificité[63]. Les critiques de Freud, à son époque et aujourd’hui, mettent en effet en cause tantôt la scientificité de sa démarche, sa méthodologie (le faible nombre de cas, l’interprétation littéraire, etc.), son aspect hautement spéculatif également, son incohérence théorique, l’absence de validation expérimentale ou d’études cliniques rigoureuses (contrôlées et reproductibles), des manipulations de données et de résultats cliniques et thérapeutiques[64].

Par exemple, dans La Psychanalyse à l’épreuve (1992) Adolf Grünbaum explique que Freud ne démontre rien sur le plan scientifique : « le caractère rétrospectif du test propre au cadre psychanalytique est incapable d’authentifier de manière fiable ne serait-ce que l’existence de l’expérience d’enfance rétrodictée (…), et encore moins son rôle pathogène »[65]. Bien que critique envers la psychanalyse, Grünbaum s’oppose par ailleurs à un autre détracteur des travaux de Freud : Karl Popper. Le critère de sa falsifiabilité (sa « réfutabilité » en d’autres termes) occupe l’essentiel de leur débat. Contrairement à Popper qui regarde la psychanalyse comme pseudo-scientifique et donc non-réfutable, Grünbaum pense que certaines assertions psychanalytiques peuvent être testées comme par exemple le lien supposé par Freud entre paranoïa et homosexualité. A l’opposé, il existe des tentatives de rapprochements entre neurosciences et théories freudiennes, notamment celles de François Ansermet et Pierre Magistretti[F 9], celle de G. William Domhoff[66] ou du psychiatre Eric Kandel qui pense que neurosciences et psychanalyse peuvent s’éclairer mutuellement[67], sont souvent attaquées comme des théories ne reposant que sur des intuitions[68]. Nombre de cliniciens et de penseurs rationalistes refusent par conséquent à la psychanalyse son statut de discipline scientifique. Récemment, les travaux de Lionel Naccache sur les phénomènes d’amorçage sémantique inconscient ont démontré l’existence d’un inconscient cognitif qui ne saurait être assimilé à l’inconscient freudien[69]. La théorie freudienne du rêve centrée sur la satisfaction hallucinatoire du désir dissimulé grâce aux mécanismes de déplacement, condensation et dramatisation a aussi été critiquée[F 10]. Enfin, l’idée selon laquelle l’association libre permet d’accéder au contenu latent du rêve s’est vue infirmée par des travaux expérimentaux qui ont conclu au caractère arbitraire de cette méthode[F 11].

Chronologie rapide

Œuvres

Œuvres de Sigmund Freud.

En français, les traductions sont éparpillées entre plusieurs éditeurs ; Payot, Gallimard, PUF, Alcan. Depuis 1988, les Presses universitaires de France publient la traduction, œuvre collective sous la direction scientifique de Jean Laplanche, des Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse[70], seize volumes publiés à ce jour. Cette traduction est controversée, du fait de ce que Laplanche définit comme « une exigence de fidélité au texte allemand », mais que ses contradicteurs voient comme un exercice formaliste, comportant des néologismes qui rendent la compréhension difficile[71]. Le volume Traduire Freud (1989) tente d’expliquer et de justifier les principes auxquels se réfère cette grande entreprise d’une nouvelle traduction des Œuvres complètes de Freud en France.

Œuvres complètes de Freud (équipe Jean Laplanche).

En allemand, dix-sept volumes sont parus entre 1942 et 1952, intitulés Gesammelte Werke. En anglais, vingt-quatre volumes paraissent entre 1953 et 1974 sous le titre de Standard Edition. Toutes deux font actuellement autorité.

En 2010, la situation des traductions des œuvres change radicalement puisque ses écrits sont tombés dans le domaine public. Actuellement, plusieurs maisons d’éditions reprennent, rééditent ou font retraduire les différentes oeuvress de Freud ce qui fait que certaines sont considérées comme meilleures lorsqu’elles sont faites par tel ou tel traducteur et donc telle ou telle maison d’édition. Le parti pris de l’équipe des PUF et des traductions dirigées par Laplanche est donc largement remis en cause ce qui fait qu’on ne peut plus considérer que leur édition est celle de référence.

Les principaux écrits de Freud traduits en français sont présentés ci-dessous, avec la première année de publication en langue allemande entre parenthèses :

220px-Die_Traumdeutung

L’Interprétation des rêves (1900)

 

220px-Freud_Totem_und_Tabu_1913

Totem et tabou (1913)

220px-Freud_Unbehagen_Kultur_1930

Malaise dans la culture (1930)

Correspondances

 

(*) Wikipedia

 

flashclips

VIDEOS

http://www.dailymotion.com/video/x5cjopDocumentaire – Sigmund Freud, LHistoire De La Psychanalyse. Arte, 1997

http://www.dailymotion.com/video/x5co9qDocumentaire – Sigmund Freud, L’Histoire De La Psychanalyse. Arte, 1997

http://www.dailymotion.com/video/x5cph7Documentaire – Sigmund Freud, L’Histoire De La Psychanalyse. Arte, 1997

http://www.dailymotion.com/video/x5cqux Sigmund Freud, L’Histoire De La Psychanalyse Arte, 1997

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Révolution Solaire de Sigmund FREUD

sigmundfreudrs06051939

Pour le 07/05/1939 à 19h17 T.U. à Freiberg – Autriche.

TRANSIT DU NOEUD NORD EN MAISON 12 ET NOEUD SUD EN MAISON 6

Actuellement le transit des noeuds s’effectue dans les maisons 6 et 12 respectivement pour le noeud sud et le noeud nord. Le but essentiel du transit du noeud sud en maison 6 est de vous faire prendre conscience qu’une part de l’existence doit être réservée justement à la prise de conscience.

Dans ce but, il est nécessaire de vous retirer temporairement pour faire le vide en vous. La présente période est destinée à cela. En conséquence, évitez tout nouvel engagement, dégagez-vous des tâches habituelles, ne vous créez aucune obligation. Les fardeaux deviendraient si lourds que vous succomberiez sous leur poids. Ne défiez pas votre destin, par inquiétude pour votre avenir, en vous engageant dans une nouvelle activité. Vous y rencontreriez des obstacles insurmontables. De plus les appuis espérés feront défaut et les assistances sur lesquelles vous comptez se déroberont. Vous pourrez même perdre ainsi vos dernières ressources. En revanche en acceptant de vous retirer, vous serez étrangement soutenu. Ces moments de retraite, de repos et de réflexion sont nécessaires. Ils vous permettent de reconsidérer vos actes et vos erreurs passés et, ainsi, de mieux planifier votre avenir et le nouveau cycle de vie qui commencera dès l’entrée de votre noeud nord en votre maison 11 natal. C’est l’objet de cette période.

Au mieux, au travers de ce que vous vivez maintenant, révisez vos potentialités d’aide à autrui, de dévouement désintéressé, de compassion et de compréhension, de manière à accorder aux autres dans peu de temps lorsque tout ira mieux pour vous, ce que vous auriez aimez recevoir vous-même. Par ailleurs il vous faut mesurer vos efforts physiques. Reprenez des forces. On peut considérer cette période comme un temps de convalescence nécessaire à la reconstruction d’une santé physique ou d’une reconversion mentale, de manière à être prêt pour la période suivante – annoncée plus haut – dont la coloration essentielle sera la liberté, la libération, la rupture des entraves et la réalisation des rêves et projets formulés actuellement.

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Personnalité du 13/04/2011 – Jacques LACAN 13 avril, 2011

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Actualités en relation avec Jacques LACAN

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Jacques LACAN

né le 13/04/1901 à 14h30 à Paris (75) – FRANCE

jacqueslacan13041901

Jacques Lacan, de son nom complet Jacques-Marie Émile Lacan, né le 13 avril 1901 et mort le 9 septembre 1981, est un psychiatre et un psychanalyste français.

La thèse de doctorat en psychiatrie qu’il soutient en 1932 reflète en partie l’influence des surréalistes qu’il fréquente[1]. En psychanalyse avec Rudolph Loewenstein, il intègre la Société psychanalytique de Paris (SPP) en 1934, et en est élu membre titulaire en 1938. Ses premières communications concernent son interprétation de l’épreuve du miroir, qui donnent lieu à l’invention du stade du miroir en psychanalyse.

C’est après la Seconde Guerre mondiale que son enseignement de la psychanalyse prend de l’importance. L’aspect polémique de certains de ses thèmes – le retour à Freud, ses idées structuralistes, sa manière d’envisager la cure – conduisent à plusieurs scissions avec la SPP et les instances internationales. Tout en poursuivant ses recherches, Lacan enseigne quasiment jusqu’à sa mort : successivement à l’hôpital Sainte Anne, à l’École normale supérieure, puis à la Sorbonne.

Figure contestée, Lacan a marqué le paysage intellectuel français et international, tant par les disciples qu’il a suscités que par les rejets qu’il a provoqués.

Enfance et études

Jacques Lacan naît en 1901 à Paris. Il est le premier enfant d’une famille appartenant à la moyenne bourgeoisie. Il grandit dans un milieu catholique et conservateur, sa mère étant très pieuse et son père accomplissant ses obligations religieuses sans se faire remarquer par sa ferveur[2]. Décrit comme un enfant tyrannique et brillant[3], il intègre le collège Stanislas en 1907 où il reçoit une éducation primaire et secondaire. Vers l’âge de quinze ans, il découvre Baruch Spinoza, qui restera un de ses auteurs favoris. Il est très impressionné par l’enseignement de Jean Baruzi[4], auteur d’une thèse sur Jean de la Croix et qui s’intéresse aussi à Leibniz, Saint Paul et Angelus Silesius[5].

Il débute des études de médecine contre l’avis de son père. Lors de ses premières années d’études, il fréquente des cercles aussi opposés que les surréalistes et l’Action française[6], tous se caractérisant par une position anticonformiste prononcée et une attention particulière aux problèmes du langage. Parce qu’il a perdu la foi pendant son adolescence et qu’il aurait souhaité avoir une certaine influence sur son cadet, il vit comme un échec personnel l’ordination sacerdotale de son frère à l’abbaye d’Hautecombe en 1926. Il choisit de se spécialiser en psychiatrie. Il suit ainsi l’enseignement de Gaëtan Gatian de Clérambault, dont il affirmera bien plus tard, en 1966, qu’il aura été son seul maître en psychiatrie, malgré les nombreux professeurs brillants dont il aura reçu l’enseignement[7]. C’est en internat de psychiatrie qu’il rencontre Henri Ey et Pierre Mâle. Il soutient sa thèse de doctorat[8] fin 1932 et obtient son diplôme de docteur en médecine, spécialité psychiatrie.

De la Société psychanalytique de Paris à la Société française de psychanalyse

Quelques mois avant la soutenance de sa thèse, il entame une psychanalyse auprès de Rudolph Loewenstein [9]. Il est nommé membre adhérent de la Société psychanalytique de Paris. Il en devient membre titulaire en 1938 avec le soutien de Loewenstein qui pose une condition : Lacan doit continuer sa psychanalyse avec lui. À peine titulaire, Lacan interrompt son analyse. C’est aussi durant les années 1930 qu’il participe au séminaire d’Alexandre Kojève sur Hegel. Non seulement ce séminaire est un lieu de rencontre entre des personnalités très différentes (Raymond Aron, Raymond Queneau, Jean Hyppolite, Maurice Merleau-Ponty, Georges Bataille etc.) mais c’est aussi un lieu de formation intellectuelle très important pour Lacan[10], qui reprend à Kojève nombre de ses conceptions, concernant le désir humain comme désir de désir, ou la dimension, primordiale pour Lacan comme pour Kojève, de la reconnaissance, voire ses affirmations sur la nature imaginaire du moi[11].

En 1933, il rencontre Marie-Louise Blondin, qui devient sa première épouse le 29 janvier 1934[3]. Ils ont trois enfants : Caroline (née en 1937), Thibaut (né en 1939) et Sibylle (née en 1940). Il tombe ensuite amoureux de Sylvia Maklès, encore mariée à Georges Bataille et donc portant son nom, bien que séparée de lui depuis 1933. Ils ont leur premier enfant, Judith, en 1941, alors qu’ils sont tous deux encore mariés, ce qui pousse l’épouse de Lacan à demander le divorce, prononcé vers la fin de la guerre[3].

Lacan suspend toute activité d’enseignement pendant l’occupation, mais poursuit son activité de psychanalyste privé. Ce n’est qu’après la guerre que le mouvement psychanalytique français, très mal vu des nazis comme tout ce qui touchait à la psychanalyse, peut recommencer à vivre. Le conflit mondial a néanmoins entraîné de grands changements. Des mouvements comme celui du linguiste Édouard Pichon, théorisant un inconscient national dépendant de la langue, passent à l’arrière-plan du fait des expériences récentes. L’exil de Loewenstein, amant de Marie Bonaparte, fervent défenseur du biologisme et ayant l’autorité morale des pionniers de la psychanalyse, amène lui aussi un changement des rapports de forces. Dans cette après-guerre à peine commencée, la figure de Lacan prend soudainement une importance qu’elle n’avait pas auparavant, ne serait-ce que par effet d’aspiration : il fait partie des quelques titulaires d’avant-guerre n’ayant pas eu à choisir l’exil[3].

C’est à la fin des années 1940 et au début des années 1950 que le sujet des « séances courtes » commence à être traité par Lacan. Il s’agit en fait à l’époque davantage de séances de longueur variable que de séances véritablement courtes – comme vers la fin de sa vie où il donne des séances de quelques minutes à peine. Ce sujet devient le vase de Soissons de la psychanalyse française. Lacan reçoit un premier avertissement concernant ces séances en 1951. À la suite de la rébellion des élèves psychanalystes en 1953, due à l’obscurité du fonctionnement et à un certain autocratisme de l’institut qui est chargé de leur enseignement, une crise institutionnelle secoue la SPP. Cette crise mélange à la fois les problèmes de répartition des pouvoirs entre la société de psychanalyse et l’institut, le poids respectif des différents courants et les pratiques – désapprouvées par presque tous à l’époque – de Lacan. Celui-ci est démis de son titre de président de la SPP. Daniel Lagache quitte la SPP et décide de fonder un institut d’inspiration universitaire, la société française de psychanalyse, suivi par Françoise Dolto et Juliette Favez-Boutonnier. Lacan les suit, tout au moins pour un temps[3]. Il est donc une des causes, mais non le fomenteur, de cette première scission. L’International Psychoanalytical Association décide que la nouvelle société ne pourra être affiliée qu’après enquête sur ses méthodes d’enseignement et d’analyse – ce qui vise implicitement Lacan.

L’inconscient est structuré comme un langage

Cette phrase de Lacan : « L’inconscient est structuré comme un langage », est centrale dans son élaboration théorique. Il prend appui pour le démontrer sur les trois œuvres majeures de Freud, L’interprétation des rêves, Psychopathologie de la vie quotidienne et Le mot d’esprit dans ses rapports avec l’inconscient. C’est ainsi qu’il effectuera un « retour à Freud ». Un interview qu’il accorde à Madeleine Chapsal, pour l’Express, en 1957 [12], révèle la portée de ce qu’il avance de nouveau dans ce champ de la psychanalyse. « Voyez les hiéroglyphes égyptiens : tant qu’on a cherché quel était le sens direct des vautours, des poulets, des bonshommes debout, assis, ou s’agitant, l’écriture est demeurée indéchiffrable. C’est qu’à lui tout seul le petit signe « vautour » ne veut rien dire ; il ne trouve sa valeur signifiante que pris dans l’ensemble du système auquel il appartient. Eh bien ! les phénomènes auxquels nous avons affaire dans l’analyse sont de cet ordre-là, ils sont d’un ordre langagier. Le psychanalyste n’est pas un explorateur de continents inconnus ou de grands fonds, c’est un linguiste : il apprend à déchiffrer l’écriture qui est là, sous ses yeux, offerte au regard de tous. Mais qui demeure indéchiffrable tant qu’on n’en connaît pas les lois, la clé ». Lacan se livre alors à un plaidoyer pour démontrer en quoi toute l’œuvre freudienne peut et doit être lue avec l’appui de ces références linguistiques et que, pour ces raisons mêmes, ce qui fait l’efficience de la psychanalyse est lié au fait de parler, qu’elle est une expérience de parole. Il propose la jolie métaphore d’un hamac : « l’homme qui naît à l’existence a d’abord affaire au langage ; c’est une donnée. Il y est même pris dès avant sa naissance, n’a-t-il pas un état civil ? Oui, l’enfant à naître est déjà, de bout en bout, cerné dans ce hamac de langage qui le reçoit et en même temps l’emprisonne ». C’est de cet emprisonnement que, par la psychanalyse, il s’agit d’être délivré.[1]

Structuralisme

Vers 1953-54, Lacan opère un virage qui le fait abandonner momentanément ses références à Hegel (hégélianisme à la mode de Kojève) pour le structuralisme[13]. Quand Lacan a abordé la fonction du symbolique et la nécessité d’un pacte entre le moi et le petit autre, c’est là qu’il a pris ses appuis dans la notion de structure, qui est strictement équivalente à celle de langage. C’est dans son grand texte inaugural « Fonction et champ de la parole et du langage », qu’il se réfère aux études de Claude Lévi-Strauss, pour y énoncer, à sa suite, cette grande loi primordiale des échanges et de la parenté. Il introduit par ailleurs en 1953 des concepts qui deviendront fondamentaux dans son œuvre, les trois registres : Réel, Symbolique, Imaginaire. Il commence à travailler à une théorie du signifiant en redécouvrant Saussure et en s’appuyant sur Jakobson[14]. C’est aussi là qu’il commence à citer régulièrement la thèse de Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté[15]. En 1960, Henri Ey organise un colloque à l’Abbaye Saint-Florentin de Bonneval sur le thème de l’inconscient : il y réunit des psychanalystes de la jeune génération, des philosophes comme Gilles Deleuze, Merleau-Ponty et Jean Hyppolite. Presque tous les débats se rapporteront de près ou de loin à la théorie lacanienne de l’inconscient, désormais formée dans ses grandes lignes et résumée par le mot d’ordre lacanien par excellence : « l’inconscient est structuré comme un langage ». Dès cette époque, en France, la psychanalyse semble se résumer à ce positionnement : être avec ou contre Lacan. Il a acquis une position centrale et cristallise les débats.

Les douze ans qui s’écouleront entre la fondation de la SFP et sa dissolution en 1965 sont une période de grands changements dans le paysage psychanalytique français. D’un point de vue institutionnel, il s’agira de dix ans de négociations pour que les psychanalystes ayant fait scission en 1953 soient reconnus par l’IPA. L’enquête de l’IPA se concentrera progressivement sur Lacan et ses séances dites courtes – en fait à l’époque de durée variable, cette durée étant toujours inférieure à la norme de l’IPA. L’enquête conclura en 1963 que la SFP pourra recevoir l’agrément si elle retire à Lacan (et à Françoise Dolto) son titre de didacticien, c’est-à-dire qu’elle lui enlève le droit de former des psychanalystes et de continuer son enseignement. Cela provoqua l’éclatement de la société fondée par Daniel Lagache, tous ceux ne pratiquant pas et ne soutenant pas la technique de Lacan se voyant condamnés à l’exclusion des instances internationales s’ils continuent à protéger Lacan. Ainsi naîtra en 1964 l’Association psychanalytique de France, sous les auspices de Daniel Lagache, Jean-Bertrand Pontalis, Didier Anzieu et Jean Laplanche. Pour les lacaniens, il s’agira de l’École française de psychanalyse, bientôt renommée École freudienne de Paris.

Lacan, psychanalyste et chef d’école

A soixante-trois ans, Lacan fonde sa propre « école ». Son succès s’avère fulgurant. Les statuts de la nouvelle école sont autocratiques en ce que Lacan y préside à tout. Ils sont aussi beaucoup plus avantageux pour les plus jeunes car ils sont moins hiérarchisés. Il n’y a en effet qu’un rang hiérarchique à proprement parler : celui qui sépare Lacan des autres. Les organes décisionnels sont toujours composés par lui et n’outrepassent jamais ses avis. La publication des Écrits en 1966 lui apporte une célébrité longtemps attendue : il fait dorénavant partie des ténors du structuralisme et son nom est cité à côté de ceux de Claude Lévi-Strauss, de Roland Barthes et de Michel Foucault. Cette célébrité nouvelle amène un afflux important de jeunes à l’EFP, jeunes qui se mettent à imiter son style, à s’habiller et à parler comme lui.

Lacan introduit en 1969 une pratique expérimentale pour habiliter un psychanalyste comme psychanalyste de l’école, la passe, qui se révèlera à la fois être un facteur de dissension et un échec selon l’aveu même de Lacan. Facteur de dissension parce que l’adoption de cette procédure provoque immédiatement une scission : plusieurs membres historiques dont François Perrier, Piera Aulagnier et Jean-Paul Valabréga démissionnent de l’EFP et fondent le quatrième groupe. Un échec, parce que cette procédure, faite pour éviter les pièges de l’idéalisation et de la bureaucratisation, va avoir l’effet inverse de celui souhaité. En onze ans, seulement dix-sept personnes « passeront » avec succès.

Peu après la fondation de son école, Lacan opère un nouveau tournant dans son enseignement, qu’on appellera la « relève logiciste ». À la suite des interventions du tout jeune Jacques-Alain Miller, Lacan se tourne vers Frege, Gödel et la topologie. Son but est d’assurer que la réception de son enseignement ne soit pas sujette aux dérives qui ont marqué selon lui la réception de Freud. Les nœuds, les formes impossibles, les mathèmes vont désormais envahir les séminaires du maître et les rendre encore plus difficiles d’accès. Lacan espère ainsi sortir définitivement du caractère encore trop descriptif de ce qu’il qualifiera désormais de linguisterie. Après avoir suturé temporairement le sort de la psychanalyse à celui des sciences sociales, c’est l’échappée vers les sciences exactes : « Seule demeurait, unique aliment de l’ermite au désert, la mathématique[16]. » Maintenant qu’il n’est plus lié à aucune négociation, sa pratique en tant que psychanalyste relève quasiment de l’expérimentation débridée. Il peut aussi bien demander à une personne de venir trois fois pour trois séances éclairs de quelques minutes dans la même journée et la garder une heure entière la semaine d’après. Il avait déjà l’habitude de se lever, de parler, de manger, d’écrire pendant les séances : dorénavant il joue aussi avec des bandes de Möbius, des bouts de ficelle et de papier. Il reçoit à son cabinet tout le jour durant un flot ininterrompu de personnes. Les choses en sont à ce point que souvent on ne prend même pas rendez-vous.

Profitant de la réforme des universités consécutive aux événements de mai 1968, Lacan, d’abord assisté de Serge Leclaire, tente de s’implanter dans l’université par le biais d’un département de psychanalyse à Vincennes (Paris VIII). Malgré la proposition du président du département, il n’y occupera aucun poste, mais le département sera une sorte de bastion lacanien. Cette dernière expérience cristallisera les oppositions déjà existantes entre différents courants au sein de l’EFP. La reprise en main du département au nom de Lacan par Jacques-Alain Miller en 1974, marquée par le remplacement de plusieurs chargés de cours, provoqua une vive polémique à l’intérieur et à l’extérieur de la faculté, chez les psychanalystes et les non-psychanalystes[17]. Quelques années plus tard, le suicide d’une psychanalyste ayant échoué à la procédure de la « passe » sert de révélateur aux dissensions d’une école dont beaucoup doutent qu’elle soit encore dirigée par le maître et non par son entourage proche. En effet, Lacan a des absences, se montre de plus en plus fatigué et délègue de plus en plus la gestion des affaires à son gendre Jacques-Alain Miller. Il décide de dissoudre l’EFP[18]. Après quelques années de crise perpétuelle, l’EFP, seule école fondée par Lacan, est dissoute.

Atteint d’un cancer qu’il refuse de soigner, Lacan s’enferme dans un mutisme de plus en plus complet, il arrête ses activités autres que la psychanalyse. Il décède des suites d’une insuffisance rénale le 9 septembre 1981[3].

Caractères généraux de l’œuvre et de la pensée de Jacques Lacan

« L’inconscient est structuré comme un langage »[19]. Cette phrase donne une assez bonne idée générale de la pensée de Lacan. Elle rappelle, en utilisant le concept d’inconscient, que Lacan s’inscrit dans le courant psychanalytique. Elle indique, avec le terme de structure, l’approche particulière de Lacan, qui est l’approche structuraliste. Enfin, elle spécifie son apport, qui consiste principalement dans l’importance donnée à la nature du langage dans l’explication du fonctionnement psychique[2]

Freud avait désigné l’inconscient comme concept explicatif majeur du fonctionnement psychique. Il avait tâché de l’étudier à partir de ses manifestations, qu’elles soient normales[20] ou pathologiques[21]. L’abandon des méthodes d’hypnose et de suggestion a marqué un tournant dans la pensée freudienne, tournant qui a commencé à permettre à la psychanalyse de sortir de la simple technique de suggestion et de psychothérapie. À partir de ce moment, Freud n’interprète plus la maladie psychique qu’en fonction de la parole du patient. Lacan[22] souligne que, dans les travaux de Freud, l’inconscient se laissait saisir de deux manières : lorsque le locuteur ou le rêveur commet un déplacement (dire un mot à la place d’un autre) ou lorsqu’il produit une condensation (le mot d’esprit « famillionaire », analysé par Freud[23]). Il affirme que le déplacement et la condensation, en l’espèce de la métaphore et de la métonymie, sont les deux seuls moyens de produire de la signification si l’on se réfère aux analyses de Jakobson[24], et qu’ainsi l’inconscient a un fonctionnement comparable à celui du langage.

Lacan a donc voulu renouveler la réception de Freud en opérant une lecture structuraliste de son œuvre, utilisant pour cela les outils de la linguistique. Ces outils, il ne fera pas que les réutiliser, il les remaniera pour servir son propos. C’est à la fois cette volonté de renouvellement de la lecture de Freud et le remaniement des outils théoriques de la linguistique qui valent à Lacan son succès auprès des uns et son rejet par les autres[25].

Les concepts majeurs de la psychanalyse lacanienne

Le stade du miroir : le moi traité comme un effet d’optique

Situation et enjeux

Objet de la première communication donnée par Lacan à un colloque international[26], le stade du miroir n’a cessé d’accompagner sa réflexion pendant toute son œuvre[27]. En effet, dans sa réflexion sur ce stade ou cette phase, Lacan va reposer de manière tout à fait neuve un certain nombre de problèmes propres à la psychanalyse : sur la nature du moi, sur les rôles – pas clairement séparés chez Freud – du moi idéal et de l’idéal du moi, mais aussi sur la nature du narcissisme, point crucial de la théorie psychanalytique.

Les stades du miroir

Lacan ayant commencé à travailler sur ce concept vers 1936 et l’ayant remanié jusqu’en 1960 environ, on comprendra aisément qu’il est impossible de réduire une réflexion de plus de vingt ans à une seule théorie. Il y aura par exemple le stade du miroir avant et après l’invention des trois ordres que sont le Réel, le Symbolique, et l’Imaginaire. Il y aura le stade du miroir avant et après l’invention de l’objet (a). Ce concept s’inscrira donc dans l’histoire de la réflexion lacanienne et, malgré sa célébrité qui pourrait laisser croire à quelque chose de simple et de réutilisable hors même du lacanisme, il est nécessaire pour le comprendre de le restituer dans les problématiques propres à la pensée de son inventeur.

Le stade du miroir est avant tout une réflexion sur deux concepts : celui de corps propre, le terme (wallonien) de corps propre désignant l’intuition de l’unité de sa personne par le bébé, et celui de représentation – c’est-à-dire à la fois la capacité à organiser les images et à se situer dans l’ordre de ces images. Lacan affirme que l’enfant anticipe sur son unité corporelle pas encore physiologiquement accomplie – du fait de la maturation incomplète du système nerveux – en s’identifiant à une image extérieure qu’il a été capable de différencier des autres : la sienne. Pour avoir pu différencier son image de celle des autres, il a fallu qu’il comprenne la différence entre l’image (au sens de tout ce qui est vu) et la représentation – l’image qui est mise à la place de ce qu’elle figure. Ma propre image dans le miroir ne peut être en effet qu’une représentation, elle me montre ce qu’en aucun cas je ne saurai voir directement, sans utiliser d’artifice. C’est ainsi que l’on peut comprendre une première différence entre le Je, celui qui voit son image et qui s’identifie à celle-ci, et le moi, l’image à laquelle l’enfant s’identifie.

 

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Version finale du schéma du stade du miroir selon Lacan. S barré : le sujet divisé. M : Miroir. A : le grand Autre. C : le corps propre. a : l’objet du désir. i’(a) : moi idéal. S : sujet de l’inconscient. I : idéal du moi.

Cela découvre le sens de l’identification pour Lacan : c’est une tension entre un Je, qu’il renommera plus tard « sujet de l’inconscient »[28], et un moi toujours social, posé dans l’ordre de la logique (puisque le corps distingué comme étant le corps propre l’est du fait d’une induction logique) et dans l’ordre social (plus tard Lacan soulignera l’importance du fait que l’assentiment d’un adulte soit donné à ce qui n’est qu’une intuition d’identification). Le stade du miroir, c’est donc l’aliénation active du sujet à une image, image qui ne peut servir à ce processus d’identification que si elle est reconnue à la fois comme artificielle par l’enfant et désignée comme représentation adéquate par l’adulte.

On croit parfois que le stade du miroir dévoile un moment du développement de l’enfant. Or ce qu’il entend dévoiler c’est la dynamique même de l’identification, dynamique qui reste la même tout au long de l’existence. Il décrit la structure – que Lacan appelle encore paranoïaque en 1949 – du sujet, divisé entre le Je, bientôt le sujet de l’inconscient, et le moi. Le Moi est redéfini comme une instance qui relève de l’image et du social, pur mirage, mais mirage nécessaire.

Le stade du miroir est-il un concept lacanien ?

On a beaucoup parlé des emprunts que Lacan avait l’habitude de faire à ses contemporains. Concernant le stade du miroir, les pages d’Henri Wallon dans Les origines du caractère chez l’enfant[29] sont régulièrement citées, ainsi que les origines kojéviennes de la définition dynamique de l’identification conçue comme mouvement. Élisabeth Roudinesco[3] rappelle aussi que la distinction Moi/Je qu’opère Lacan dans différents textes, et très importante pour sa réflexion, a certainement pour origine les remarques d’Édouard Pichon sur la difficulté qu’il y avait à traduire le Ich de Freud systématiquement par moi alors que dans certains contextes, le Je paraissait plus adapté[30]. Même si ces problèmes de traduction ont effectivement intéressé Lacan, le Je lacanien est avant tout un Je imaginaire.

Néanmoins, sans nier l’apport de tous ces penseurs, la réflexion lacanienne sur le stade du miroir n’a que peu à voir avec la dialectique du développement que l’on retrouve chez Henri Wallon, qui n’a pas pour objet de recherche les problèmes conceptuels concernant l’identification en psychanalyse, comme il ne s’intéresse pas au narcissisme, ni à la nature imaginaire ou non du moi ou de l’objet du désir. Si l’on peut supposer une importance considérable de l’hégélianisme à la manière de Kojève, celle-ci s’efface dès 1954, peu de temps après l’entrée en jeu des concepts de Réel, Symbolique et Imaginaire. Quant à l’apport de Pichon concernant la distinction Je/Moi, on sait que cette distinction subira des aventures conceptuelles bien éloignées des considérations théoriques du grammairien. Lacan a emprunté à Kojève, à Wallon, à Pichon, voire à Dali[31], mais force est de constater que le stade du miroir selon Lacan n’a, au final, rien de Wallonien, de Kojèvien, de Pichonien ni de Dalinien.

Le retour à Freud

L’enseignement de Jacques Lacan débute sur un mot d’ordre d’apparence simple, celui du retour à Freud. La volonté d’un retour à Freud suppose que Lacan considérait qu’il existait une lacune en France, donc un besoin de retourner à l’œuvre de Freud, de la retrouver, et qu’il mettait implicitement en cause la qualité des traductions, de l’enseignement des psychanalystes et des théoriciens de la psychanalyse de son époque. Lacan s’opposa dès ses débuts à ce qu’il considérait comme une dérive de la psychanalyse : l’ego-psychology[32], représentée par Anna Freud et Rudolph Loewenstein.

Outre les différends théoriques avec ses pairs, ce qui caractérise l’attitude de Lacan dans son retour à Freud, c’est une lecture qui ne cherche pas à rester dans l’orthodoxie freudienne, mais plutôt à dégager ce qu’il y a d’original chez Freud, ainsi que le formule Jean-Michel Rabaté[33] : « De même qu’Althusser se demandait comment lire Marx de façon “symptomatique”, en séparant ce qui est authentiquement “marxiste” de ce qui est purement “hégélien” dans ses écrits, Lacan se demande où et comment repérer les textes où Freud se montre authentiquement “freudien”. »

En prenant en compte cette remarque de Jean-Michel Rabaté, il est possible de comprendre l’attitude de Lacan, autrement contradictoire, qui se réclame de Freud tout en se moquant ouvertement d’idées auxquelles le fondateur de la psychanalyse croyait fermement (comme la possibilité de réduire la psychologie, en dernière analyse, à la biologie[34]). Le retour à Freud ne consiste donc pas seulement en une critique de l’enseignement des élèves de Freud, mais en une critique – au sens étymologique, opérer un choix entre le bon et le mauvais – de l’enseignement de Freud, qui lui aussi n’a pas toujours su, selon une optique lacannienne, rester fidèle à lui-même ou explorer les conséquences de ses découvertes.

C’est dans cette manière très particulière de concevoir son retour à Freud que l’on peut saisir le paradoxe de la pensée lacanienne, qui retourne chaque fois à Freud, qui s’en réclame, et qui pourtant, pour des raisons parfois historiques – la linguistique n’avait pas, du temps de Freud, l’audience qu’elle aura dans les années cinquante – et souvent théoriques[35], en diffère considérablement.

Le concept de structure

Un des apports de Lacan à la psychanalyse est sa tentative de l’intégrer à la perspective structuraliste. Lacan a affirmé à plusieurs reprises[36] devoir sa conception de la structure à Claude Lévi-Strauss. Par ailleurs, la thèse de Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté, est l’ouvrage écrit par un contemporain le plus cité dans les séminaires de Lacan[37]. Il convient donc, sans pour autant admettre sans critique préalable que la structure de Lacan et la structure de Lévi-Strauss sont les mêmes, de s’intéresser à la définition du terme de structure que Lévi-Strauss peut développer dans l’ouvrage en question.

 

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Nœud borroméen illustrant l’intrication du Réel, du Symbolique et de l’Imaginaire au sens lacanien.

La définition illustrant de la manière la plus complète le sens que l’anthropologue français donne à ce terme est certainement celle-ci : « Les institutions humaines elles aussi sont des structures dont le tout, c’est-à-dire le principe régulateur, peut être donné avant les parties, c’est-à-dire cet ensemble complexe constitué par la terminologie de l’institution, ses conséquences et ses implications, les coutumes par lesquelles elle s’exprime et les croyances auxquelles elle donne lieu. Ce principe régulateur peut posséder une valeur rationnelle sans être conçu rationnellement ; il peut s’exprimer de façon arbitraire, sans pour autant être privé de signification. »[38] De cette longue définition ressort que le « tout » de la structure en est le principe régulateur, indépendant des parties. La structure chez Lévi-Strauss est structure logique, c’est un ensemble de relations entre des termes interchangeables.

Selon Lacan, ce principe régulateur, la structure du sujet, c’est l’intrication de trois fonctions : le Réel, le Symbolique, l’Imaginaire (ce qu’il appellera R.S.I). En 197, il représentera cette intrication des trois fonctions par le nœud borroméen[39] (qu’il appellera aussi le noeud-bo). Il suffit que n’importe lequel parmi les trois anneaux soit rompu pour que tous les anneaux soient indépendants. Ce « tripode R.S.I », comme il sera appelé par Lacan lui-même, fera partie des quelques concepts à ne pas être abandonné en route ou profondément remanié. Il est une intuition fondamentale de Lacan, et il lui servira de grille de lecture pour comprendre les phénomènes psychiques.

L’importance du langage

 

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La bataille de San Romano, Paolo Uccello. Dans le séminaire V, Lacan s’appuie sur cette scène de bataille et sur une histoire drôle pour illustrer une des particularités du symbolique : la généricité (ou la stéréotypie).

Élève et analysant de Jacques Lacan, Charles Melman affirme dans un ouvrage de témoignages : « En premier lieu, il s’est agi pour Lacan de souligner ce que Freud n’a pas pu ou n’a pas osé faire, à savoir montrer combien le langage est ce qui ordonne notre rapport au monde aussi bien qu’à nous-mêmes[40]. »

La pensée de Lacan pourrait être définie comme une théorie structurale du désir et du langage. Théorie du désir, parce que l’essence de l’être humain est le désir pour le lecteur de Spinoza que sera Lacan toute sa vie. Théorie du langage, parce que c’est par celui-ci que l’on a accès à l’inconscient. Théorie structurale, car le langage répond à des logiques internes que les recherches linguistiques du XXe siècle ont réussi à subsumer sous le terme de structure[41]. Or, la structure, pour Lacan, est à la fois ce qui produit et ce qui est la réalité de l’inconscient. En effet, l’inconscient n’est pas un stock de non-conscient, il correspond à un ensemble de processus actifs[42].

Ainsi, lorsque Lacan avance la théorie des trois ordres (Réel, Symbolique, Imaginaire), il le fait en s’appuyant sur ses réflexions concernant la nature, non du langage en général, mais de l’humain, l’être parlant (qu’il surnommera le parlêtre). Le fait d’apprendre le langage nous coupe en quelque sorte du monde : ainsi naît le Réel, ce qui ne peut être nommé, ce qui ne relève pas du langage. Le langage dans lequel nous naissons contient des valeurs, il organise le monde dans lequel nous vivrons avant même que nous soyons nés[43], cette dimension organisatrice et de distribution de la valeur, Lacan l’appelle le symbolique. Quant à l’imaginaire, il désigne la manière dont le sujet se perçoit par le truchement des autres et du langage dans lequel il se trouve.

La théorie lacanienne est à ce point tournée vers le langage qu’on peut en déceler l’importance dès son travail sur le stade du miroir. Lorsque l’enfant fait la différence entre l’image et la représentation, qui est exactement ce que décrit le stade du miroir, il ne fait rien d’autre que découvrir le signe, c’est-à-dire ce qui est mis là pour autre chose, qui désigne cette chose et qui pourtant ne l’est pas[44].

Réel symbolique imaginaire, Schéma L et Grand Autre.

Débats sur la conception lacanienne des liens entre langage et inconscient

Le psychanalyste Alain Costes[45], affirme en premier lieu que l’identification du concept freudien de déplacement à celui, linguistique, de métaphore, et symétriquement de la condensation (toujours au sens de Freud) à la métonymie, est impossible. Reprenant une critique faite à Lacan par Jean Laplanche[46], il ajoute que dans la topique freudienne, le langage relève du niveau préconscient et non de l’inconscient. Il affirme ainsi que Lacan n’est pas du tout freudien dans sa conception de l’inconscient.

Le linguiste Georges Mounin affirmait quant à lui, dans un article ayant fait beaucoup de bruit[47], que Lacan mésusait des concepts saussuriens, et que son enseignement à l’ENS « ruinait quinze ans d’enseignement » de la linguistique dans cette école. Un autre linguiste, Michel Arrivé, tout en soulignant les différences entre le signe lacanien et le signe saussurien, ne les considère pas comme des distorsions mais comme l’adaptation que nécessite la transposition d’un univers conceptuel à un autre[48]. C’est ainsi que Lacan remodèle le concept saussurien de signifiant pour construire une logique du signifiant originale.

Les quatre discours

Voir lien social.

Critiques scientifiques

 

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Un tore est engendré par la rotation d’un cercle autour d’un autre cercle.

Alan Sokal et Jean Bricmont, dans leur ouvrage commun Impostures intellectuelles, épinglent les abus ou les mésusages de termes scientifiques par des penseurs contemporains tels Jean Baudrillard, Gilles Deleuze ou Michel Serres, et consacrent leur premier chapitre à Lacan.

Ils soulignent que Lacan ne donne jamais de justification à son utilisation de surfaces étudiées en topologie pour traiter ou décrire la « jouissance » (considérée comme un espace au sens topologique du terme) ou la « structure du névrosé » (censée être un tore). Ils soulignent que l’usage de la métaphore étant généralement de rendre plus accessible le propos, parler de bouteille de Klein ou de tore ne semble pas de nature à rendre celui-ci plus accessible.

Ils épinglent ensuite l’usage de termes mathématiques issus de l’arithmétique qui, faisant fi de leur définition technique, se réclament de leur rigueur, par exemple : « La vie humaine pourrait être définie comme un calcul dans lequel zéro serait irrationnel. » Or zéro est un nombre entier donc un nombre rationnel. La phrase signifie donc « La vie humaine pourrait être définie comme un calcul où quelque chose de vrai est faux ». Lacan ne s’est jamais expliqué sur le sens de cette phrase, qu’il définit comme une métaphore mathématique, cette notion elle-même restant à définir.

Pour finir, les auteurs s’intéressent à l’usage des paradoxes concernant les fondements des mathématiques (paradoxes de Russell ou de Cantor). Tout en admettant que les mathématiques sont dans ce domaine moins maltraitées, il soulignent « qu’aucun argument n’est donné pour relier ces paradoxes appartenant aux fondements de la mathématique et “la béance qui constitue le sujet” en psychanalyse »[49].

Sokal et Bricmont précisent néanmoins : « Nous ne prétendons pas juger la psychanalyse de Lacan, la philosophie de Deleuze ou les travaux concrets de Latour en sociologie. Nous nous limitons aux énoncés qui se rapportent soit aux sciences physiques et mathématiques, soit à des problèmes élémentaires en philosophie des sciences »[50].

Les mathématiciens en général n’approuvent pas la manière dont Lacan utilise les notions mathématiques. Ainsi, dans le magazine Tangente[51], les auteurs soulignent que Lacan utilise les mathématiques comme un réservoir de métaphores, sans que ses raisonnements soient valides mathématiquement comme ceux de Newton. Cet abus des mathématiques sert à donner aux théories de Lacan l’illusion d’une profondeur, et d’une légitimité scientifique. Dans le journal Quadrature, Bernard Randé compare les écrits de Lacan à Mickey Parade[52].

Le linguiste et philosophe américain Noam Chomsky, qui a connu Lacan dans les années 1970, a confié qu’il le considérait comme un « charlatan conscient de l’être qui se jouait du milieu intellectuel parisien pour voir jusqu’à quel point il pouvait produire de l’absurdité tout en continuant à être pris au sérieux »[53].

Lacan et la philosophie

La question des rapports entre l’œuvre de Lacan et la philosophie peut se poser de différentes manières. En premier lieu, il est possible de se questionner sur l’influence de la philosophie dans le parcours intellectuel de Lacan et sur ce que celui-ci a pu emprunter aux différents penseurs dont il faisait la lecture. On peut aussi s’interroger sur l’importance du travail de Lacan pour la philosophie[54], voire, avec Jean-Pierre Cléro, se demander s’il existe une philosophie de Jacques Lacan.

Importance des références philosophiques dans l’œuvre de Jacques Lacan

Le problème de l’importance et de l’influence possible de la philosophie dans l’œuvre de Lacan est complexe. Il est indéniable que la philosophie de Hegel (réinterprétée par Kojève) a eu une importance considérable dans le cheminement intellectuel de Lacan. Ses rencontres avec Heidegger, et sa co-traduction de l’article Logos avec une amie germaniste montre l’intérêt qu’il aura porté à une philosophie dont on retrouve les traces dans ses séminaires[55]. Il n’est pas douteux que ses relations avec Merleau-Ponty ont été d’une importance considérable, ne serait-ce que parce que ce dernier aura encouragé une redécouverte de Saussure, mais son influence en tant que philosophe reste à démontrer. Jean-Pierre Cléro[56] a souligné l’importance de la théorie des fictions de Bentham dans l’élaboration de la pensée lacanienne (que l’on se souvienne à ce propos de la phrase de Lacan : « La vérité a structure de fiction. »). Le concept de Réel aurait aussi été forgé en pensant à l’usage qu’en fait Georges Bataille dans ses ouvrages[57], qu’à défaut de catégorie où faire entrer ce dernier, on peut classer comme philosophe. Mikkel Borch-Jacobsen est allé jusqu’à affirmer que les idées de Lacan doivent beaucoup plus à ces penseurs qu’à Freud et ne seraient en somme qu’une philosophie déguisée[58].

Cependant, malgré ses nombreuses amitiés avec des philosophes, malgré une culture philosophique certaine et les nombreuses références faites dans ses séminaires à des philosophes et à leurs concepts [59], Lacan affichera avec persistance une méfiance, voire une défiance — qu’il partage d’ailleurs avec Freud — envers la discipline fondée par Socrate[60]. Lacan agit plus envers la philosophie comme si elle était une boîte à outils où il pourrait aller piocher des concepts qu’il recyclerait à la mode de l’inconscient lacanien.

Importance de l’œuvre de Lacan pour la philosophie

Lacan étant mort en 1981, il est encore difficile de déterminer l’importance de sa pensée dans des champs qui lui sont extérieurs. Il est nécessaire de faire la part de l’importance objective d’une pensée pour la réflexion philosophique en général de celle de la postérité philosophique qu’un auteur peut effectivement avoir. Il n’est possible de traiter que du deuxième point. Alain Juranville, en affirmant que Lacan révolutionne le concept même de vérité en introduisant l’idée que la vérité serait nécessairement partielle, est le seul à avancer une hypothèse sur l’importance objective de l’oeuvre de Lacan pour la philosophie[61]. On pourra également entendre la conférence de Gérard Granel qui opère un recroisement entre la perspective lacanienne et la perspective heideggerienne sur les questions de la vérité, du sujet et de la science [3]

. Pour ce qui concerne l’influence de Lacan sur les philosophes en général, on ne saurait dire qu’elle ait été importante de son vivant. Néanmoins, ses travaux sont de plus en plus repris aux États-Unis dans le champ des « cultural studies », en partie parce que Judith Butler, après Juliet Mitchel, a utilisé des concepts lacaniens pour son travail de critique philosophique des processus de socialisation et des rapports de force dans la société contemporaine. D’un point de vue plus européen, Slavoj Žižek et Giorgio Agamben sont les deux philosophes les plus connus à se réclamer ouvertement de Lacan dans leur réflexion philosophique.

Lacan et le féminisme

L’affirmation de la primauté du phallus parmi les autres signifiants a fait considérer à certains et certaines que son approche était phallo-centrée. Lacan de ce fait a toujours souffert d’une mauvaise réputation dans les mouvements féministes et de libération sexuelle. Il a été critiqué sur ce point par Luce Irigaray[62]. Cet avis n’est pourtant pas partagé unanimement et surtout pas par les psychanalystes et notamment les psychanalystes femmes. Liliane Fainsilber dans un ouvrage La place des femmes dans la psychanalyse paru chez L’Harmattan en 2000, reprend pas à pas les approches de Lacan concernant la différence des sexes et la sexualité féminine surtout la question laissée en suspens par Freud de la jouissance féminine[63]. Juliet Mitchell, dans un ouvrage de 1975[64], considère que la théorie lacanienne et le féminisme ne sont pas incompatibles. Plus récemment, les travaux de Lacan ont été utilisés par Bracha L. Ettinger[65],[66] et Judith Butler[67].

Quant à l’idée d’un phallo-centrisme présumé de la théorie lacanienne, il suffit de se souvenir que Lacan, pour définir la différence entre les sexes, affirme que les hommes croient avoir le phallus quand les femmes croient en manquer, alors que personne ne le possède et que tous le désirent[68]. Car le phallus lacanien n’est qu’un signifiant, le signifiant d’un manque. Ce terme de phallus n’est pas à confondre avec l’organe, le pénis[69]. Le choix de la dénomination de ce signifiant du « manque » comme phallus, et l’asymétrie du rapport à ce signifiant entre homme et femme laissent pourtant ouverte la possibilité d’une critique d’une vision considérée comme phallocentrique. Vision phallocentrique qui se dissimulerait sous des oripeaux structuralistes (la différence des sexes, ou mieux des genres, reste historiquement, culturellement et politiquement déterminée).

Lacan et l’homophobie

Certains auteurs, comme Didier Eribon[70], ont dénoncé la teneur misogyne et homophobe des théories et des propos de Lacan. D’autres au contraire, comme Elisabeth Roudinesco, s’efforcent de l’exonérer de son homophobie: Les homosexualités aujourd’hui un défi pour la psychanalyse

Bibliographie

Biographies / Éléments biographiques

Ouvrages biographiques

Ouvrages complémentaires

Ouvrages de Jacques Lacan

La grande majorité des séminaires et des écrits de Lacan est disponible sur internet[72]. Les écrits sont la partie aboutie et condensée de la pensée de Lacan, tandis que les séminaires montrent la pensée de Lacan en acte, avec des avancées, des reculs, des hésitations.

Ouvrages utilisés ou commentés par Lacan

Commentaires et critiques

Ouvrages généraux

Ouvrages traitant d’un thème spécifique

Lucrèce Luciani-zidane, « L’acédie, le vice de forme du christianisme; De saint Paul à Lacan », ed du CERF 2009

Articles connexes

 

(*) Wikipedia

 

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Révolution Solaire de Jacques LACAN

jacqueslacanrs13041981

Pour le 13/04/1981 à 23h29 T.U., à Paris

TRANSIT DU NOEUD NORD EN MAISON 11 ET NOEUD SUD EN MAISON 5

L’entrée du noeud nord en maison XI rend possible la réalisation de vos projets, même s’ils sont audacieux. Durant la période précédente, le nœud sud que vous aviez en maison VI a contrecarré les projets que vous souhaitiez accomplir en dressant maints obstacles sur votre route. Pourtant, votre nœud nord qui était en maison XII vous a permis de formuler des projets. Vous avez pu les trouver peu réalistes. Cependant, maintenant que vous avez quitté cette prison qu’était la maison XII et retrouvé votre liberté (maison XI) ces rêves peuvent commencer à se réaliser. Cette réalisation sera, toutefois, conditionnée par votre faculté à cultiver l’art de l’amitié. Ce seront les vraies amitiés et les relations sincères qui paveront l’avenue de vos opportunités durant cette période et la suivante. Ceci est suggéré par la présence du nœud nord en XI lequel vous incitera, par ailleurs, à refuser toutes les contraintes qui limiteraient cette nouvelle liberté. De plus, il vous autorise, dans l’ordre, à élargir le cercle de vos relations, à former de nouvelles amitiés, à obtenir leur soutien, à réaliser vos grands projets et à conquérir votre indépendance. Le nœud nord continuera son parcours en direction de la maison X, laquelle vous fera récolter les fruits des projets que vous aurez matérialisés pendant son passage en maison XI. Commencez donc par étendre le cercle de vo s relations car c’est parmi celles-ci que vous trouverez à réaliser vos projets les plus audacieux. Dans le même esprit, visez la fraternité, l’entraide mutuelle en adhérant à un ordre, un club ou une association. Les résultats pourront vous surprendre. Evitez à tout prix de vous laisser séduire par les tentations du nœud sud en maison V : les plaisirs sans mesure, la recherche de prestige, la satisfaction des sens, les liaisons faciles. En d’autres termes, prenez garde à tout ce qui flatte votre ego ; évitez tous les abandons où seul votre plaisir compte car ceci ressort du domaine négatif de la même période (nœud sud en V). Celle-ci n’est pas propice aux satisfactions affectives ou émotives en tête-à-tête, c’est-à-dire dans lesquelles vous seriez trop « personnel ». C’est ainsi que toute vie en couple ne peut subsister ici que si un vrai don de soi intervient, au-delà de l’utilisation de l’autre pour se satisfaire, et sous condition d’élargir la relation vers de vastes échanges avec le monde extérieur. Vous ne pourrez d’ailleurs pas supporter de restreindre votre vie au seul couple. Vous manqueriez d’air. Il vous faudra aussi vivre une expansion, en plus, pour conserver votre équilibre. Cette période est aussi source de déception issue des rapports avec les enfants. La bonne entente avec ces derniers est souvent compromise. Souvent, les accouchements y sont difficiles. Evitez aussi tout ce qui est d’ordre spéculatif : le loto, la loterie, les casinos. Ne jouez pas en bourse, n’attendez aucun résultat de la chance. En résumé, évitez tout ce qui flatte votre ego à titre personnel pour privilégier la fraternité et l’humanisme de manière large et impersonnelle, sans carcans ni restrictions.

 

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